lundi 29 octobre 2018

MISE EN SCÈNE DE LA PAGE BLANCHE


RENCONTRE AVEC JULIA WOIGNIER
Parce que parfois le temps se retient d'avancer, il permet à une illustratrice d'approcher ses débuts, ses rites et manies de création, les non-dits et les secrets de ses œuvres, les embûches à Sumatra et ailleurs, les périphéries et les chorégraphies, et le pull jaune qui relance la machine créatrice


©Julia Woignier, La forêt invisible

MODES DE VIES
Avant d'entrer aux Arts Déco de Strasbourg, j'ai travaillé dans un petit atelier d'illustrateurs en région parisienne. J'y animais surtout des cours d'arts plastiques pour enfants et je commençais à faire des illustrations, encouragée par ce nouvel entourage professionnel. Ce milieu m'a plu, le mode de vie me correspondait assez bien. La suite a donc eu lieu à Strasbourg. Lorsque j'ai été diplômée, je n'imaginais pas trouver si rapidement un éditeur, mais grâce au Concours international d'illustration de Montreuil j'ai pu rencontrer MeMo et nous avons commencé à travailler ensemble quelques mois plus tard. Cette première rencontre a permis à La forêt invisible de voir le jour, puis à La clé...


©Julia Woignier, La forêt invisible

©Julia Woignier, La forêt invisible


LE TEMPS RETENU
J'ai mes petits rituels de travail. J'aime le matin. On dirait que le temps se retient d'avancer, c'est une illusion bien sûr, mais il se fait discret et c'est ce dont j'ai besoin pour travailler. Paradoxalement, c'est souvent dans les moments de flottement, dans une rame de métro par exemple, que les meilleures idées surgissent... alors que le temps est compté ! J'ai des petits carnets que j'emmène partout et dans lesquels je compile des idées. D'abord, il s'agit d'un dessin machinal, qui fait naître des pistes d'histoires. Il peut y avoir à l'origine une impression visuelle forte, une idée de composition, une combinaison de couleurs. Je m’imprègne mentalement d'une ambiance, c'est de l'ordre de la sensation. J'écris d'abord par l'image. Je fais beaucoup de recherches graphiques dans mes carnets, c'est un chemin nécessaire pour inventer l'histoire. Je la mets à l'épreuve du dessin.


©Julia Woignier, La clé


©Julia Woignier, La clé
©Julia Woignier, La clé
©Julia Woignier, La clé
©Julia Woignier, La clé

DANS LA FORÊT INVISIBLE
Ce que vous dites de la forêt invisible de la création est une très belle interprétation. Je n'y avais pas pensé en ces termes. La forêt invisible raconte beaucoup de choses, j'aime que chacun y invente sa propre histoire, qu'il y cache un secret ou y révèle un trésor. Il est vrai que tout comme les explorateurs devant la forêt invisible, l'auteur (ou l'artiste) est confronté à une réalisation imaginaire, invisible, une page blanche. Sans être jamais sûr de ce qui va surgir sur le papier, il doit plus ou moins batailler et communier avec ce qu'il produit pour faire aboutir son travail.


©Julia Woignier, La forêt invisible
Laurent le Flamboyant ©Julia Woignier

LES NOMS DES CHOSES OU L’ART DU SAUTE-MOTS
À la lecture de Laurent le Flamboyant, j'ai eu l'impression d'un récit luxuriant, fantaisiste et survolté. Les toutes premières images que je voyais étaient des images de mets exotiques. Je lisais des noms de fruits et de fleurs que je ne connaissais pas et mon imaginaire s'emballait. Je devais tout vérifier, entre les jeux de mots, les mots inventés, et le lexique propre à Sumatra, j'étais dans un voyage truffé d'embûches.


Laurent le Flamboyant ©Julia Woignier

L’ŒIL SENSIBLE AU TROU DE LA SERRURE
L'illustration en petites vignettes est une réponse technique au fait de ne pas pouvoir tout raconter je crois. Le texte fourmille de situations, les personnages sont très expressifs, on a envie de les saisir dans un moment de complicité, de surprendre un regard coupable… Sur un plan purement pragmatique, la différence d'échelle entre les personnages très grands (comme Laurent, ou l'éléphant Yongki) et ceux très petits comme la fourmi ou Monsieur Bouhabibi, oblige à cadrer, à se focaliser sur le minuscule qui bien que minuscule n'est pas un détail !
Enfin, je reconnais mon goût pour les micro-scènes périphériques. C'est quelque chose qu'on retrouve dans l'imagerie populaire, des petits personnages secondaires qui traduisent un sentiment. C'est ce qui se passe lors de la scène du départ : un couple de souris essuie une larme dans un coin.


Laurent le Flamboyant ©Julia Woignier
CORPS EN SCÈNE
Le corps dans l'espace et le mouvement (ou le geste), en effet, sont essentiels pour moi. Les gestes racontent beaucoup. Ils disent une ambiance, une humeur, ils trahissent un caractère. J'essaye d'être précise dans leur représentation. Je suis également très attentive à l'organisation des blancs ou des espaces dans la page. Par ailleurs, je trouve que les corps sont très présents dans le roman de Karen Hottois, leur taille les confronte sans arrêt à leur environnement, du gigantesque au minuscule. Les personnages sont pétris d'exagération, certaines scènes sont très théâtrales, notamment les scènes de cuisine. C'est cette ambiance fébrile, bouillonnante qui m'intéressait. L'illustration est comme une sorte de mise en scène pour moi. Karen fait une appétissante description du menu, les gestes rajoutent à son abondance.


Laurent le Flamboyant ©Julia Woignier


UNE SECONDE AVANT : DEUX ILLUSTRATIONS POUR UN DÉPART

                        

La répétition et la variation font partie de mon processus de travail.
À propos de cette image, j'ai d'abord réalisé celle où Laurent fait face à ses amis. C'est l'instant où il leur annonce son départ. Je ne sais plus ce qui m'a fait douter (ça peut être un détail aussi bête que le pull jaune sur le dessus de l'armoire), mais je l'ai recommencée aussitôt. Au lieu de refaire la même exactement, j'ai imaginé que les personnages surprenaient Laurent une seconde avant.

PROJETS DE COUVERTURE






jeudi 18 octobre 2018

CREUSER UN PETIT TROU DE LIBERTÉ


©Julia Woignier

Si vous aimez les poussières des neuf heures et la tarte aux litchis, les éruptions poétiques, les contemplations au bord de falaises abruptes et solitaires, les petites fourmis raides dingues amoureuses des grands singes, les lettres bousculées d’amour, si vous bouffez du papier avec les yeux et la bouche, si le slip léopard est pile dans votre tendance, si vous habitez seul avec votre Vieille Maman rue de la jungle en folie et en bonne compagnie, si vous habitez surtout le langage comme un territoire infini, si la fête chez vous se fait bras ouverts, si la liberté se cache aussi pour vous dans des interstices, si vous attendez quelqu’un qui se fait désirer, si vous êtes un éléphant dans un corps de porcelaine et une porcelaine dans un corps d’éléphant : RENCONTREZ KAREN HOTTOIS



ÉCRIRE OU LA SIESTE DANS TOUS LES SENS D’UN ÉLÉPHANT
Je ne sais plus exactement comment cette histoire est arrivée. Je me souviens l’avoir écrite au début de l’été, dans un grand café frais, à côté de chez moi.
Je me sens souvent comme un éléphant dans un corps de porcelaine et c’est à partir de cette sensation que j’ai écrit le personnage de Laurent le Outan.
Je commence toujours une histoire par un prénom, tant que je ne l’ai pas, je ne peux commencer. J’écris ensuite quelques lignes sur mon ordinateur, comme on dessine sur une page blanche avec distraction, sans trop savoir où je vais. Arrivent une forêt, des lianes, de la mollesse et de la mélancolie, une tarte aux fruits, des petits enfants et une fourmi.
Puis vient le moment où je me demande ce que j’en fais. Je retourne cet orang-outan, cette forêt, les lianes, la mollesse, la mélancolie, la tarte, les petits enfants et la fourmi, dans tous les sens.
Et d’un coup, je les vois. Mais je ne les vois pas précisément, je serais incapable de dire, par exemple, quelles têtes ont Lolo et la petite fourmi. Je vois des détails, j’en ai des impressions mais je ne les vois pas vraiment. Je les vois sans les voir. Peut-être que c’est cela qui m’empêche de les dessiner.
©Julia Woignier
Je les vois devant moi, je vois le passage que j’écris se dérouler comme un film. Si cela ne va pas, si cela ne fonctionne pas, je recommence et recommence encore dans ma tête le film, le rejoue. Tant que je ne les vois pas bien, je ne peux pas écrire ou n’avance pas. Au contraire, si je les vois bien, je peux écrire des heures, parfois très facilement. Je joue chacun des personnages comme pour les essayer, pour être en eux et voir si ce qu’ils disent est vrai. Il m’arrive de parler toute seule ou d’être aussi triste qu’eux. Si je suis triste, si je suis heureuse comme eux, si je me fais rire, c’est que c’est peut-être bien, c’est que c’est peut-être vrai. Souvent, je dois faire des siestes pour les voir mieux, pour réfléchir en m’endormant. Ecrire prend beaucoup de temps, car il faut faire la sieste : avoir les personnages près de soi, les laisser grandir en soi, les laisser vivre. Il me semble qu’ils sont timides, qu’ils peuvent être vite effarouchés par le moindre bruit, comme des souris ou de petits oiseaux. En plus, ils chuchotent, alors il faut beaucoup de silence pour les entendre. Il faut ne pas trop répondre au téléphone, ne pas trop se laisser distraire et beaucoup s’ennuyer, se sentir seule.


Il attend que les petits enfants arrivent. Il espère qu’ils auront faim après leur marche dans la jungle et goûteront à sa tarte. Il espère aussi qu’ils lui en demanderont la recette. Alors, il l’écrira sur un beau morceau d’écorce rouge. Puis Laurent le Outan portera sur son dos les petits enfants fatigués. Il ne sentira pas leur poids parce qu’ils seront légers. 


LE PETIT CREUX DE LA JUNGLE
Je trouve que la vie, la nature ont beaucoup d'imagination.
Quand j'ai un petit creux ou au contraire un trop plein d’imagination, j'aime me laisser guider par le réel qui est parfois très étrange. J’aime, par exemple, regarder ce que mange un animal pour commencer une histoire.
Ici, j’ai exploré la jungle de Sumatra, découvert des animaux et des plantes, des fruits, des fleurs que je ne connaissais pas. C’est une façon de voyager, de rêver, de laisser les pensées vagabonder. On voyage d’autant plus que l’on s’écarte du réel mais faut-il le connaître, savoir ce que l’on quitte.

©Julia Woignier

APPRENDRE À RAPETISSER
Je souhaitais exprimer quelque chose de la mélancolie qu’il y a à quitter l’enfance, de la difficulté à grandir. Mais aussi de celle à rapetisser. C’est très difficile de rapetisser.
Accepter d’arrêter de jouer, c’est très difficile, Laurent le Outan s’y refuse. Lolo, c’est un éléphant dans un corps de porcelaine ou une porcelaine dans un corps d’éléphant, cela dépend des moments… Il a gardé son cœur d’enfant, ses yeux d’enfants, pourtant il sait très bien qu’il est devenu grand mais il joue quand même. Il a bien raison, c’est toute sa poésie et sa solitude aussi, mais loin d’être un personnage pathétique, il est très libre. Laurent le Outan est suspendu là, entre grandir et rapetisser, « en équilibre sur du fil de soie suspendu entre deux gratte-ciel ».
J’ai été très triste à l’adolescence quand je me suis rendue compte qu’il fallait arrêter de jouer. Quand construire un château fort en Lego me prenait à peine une heure, alors qu’avant j’en avais pour des jours. Pour moi, écrire, c’est continuer de jouer. C’est comme pour les acteurs, même très vieux, ils jouent toujours. C’est ce que j’aime dans le cinéma quand je suis directrice de casting.


— Des croque-monsieur ? s’étonne Laurent le Outan.
— Parfaitement ! répond la petite fourmi. La recette du croque-monsieur, c’est pas compliqué. Tu prends deux tranches de pain, du fromage râpé, un monsieur (bien habillé) et tu fais cuire à point !

©Julia Woignier


GRAND SINGE, PETITE FOURMI
On devrait s’accompagner de qui l’on veut, avoir cette liberté. Pour moi c’est très important de dire cela. Laurent le Outan n’est pas amoureux de la petite fourmi mais il y tient beaucoup, pas seulement parce qu’elle est petite et qu’ainsi il peut prendre soin d’elle (d’ailleurs, elle se débrouille très bien toute seule), mais parce que c’est elle. La petite fourmi, elle, est amoureuse de Lolo comme une folle, tout simplement parce que c’est lui. Ils ont cette liberté et je tiens vraiment à suggérer cela, dans tous mes livres, à mes petits lecteurs.



Cèrhe Mina,
dcuoe cmmoe tes deux ptites ctahs
Et toi, tu sivaas que j’ai duex aims ?
Lnaeurt



EN VOIE DE DISPARITION, EN VOIX DE LITTÉRATURE
Je ne suis pas une militante écologique, ce n’est pas le point de départ de l’histoire. Mais considérer la nature tombe sous le sens pour moi. En écrivant puis en corrigeant, j’ai été particulièrement attentive aux menaces qui pèsent sur les grands singes, les orangs-outans notamment puisque maintenant j’en connais un.
Je ne verrai peut-être jamais de girafes mais j’aime savoir qu’elles courent dans la savane. Savoir qu’il y a des troupeaux d’éléphants rend notre terre plus belle. Et c’est ainsi de tous les animaux, de toutes les plantes. Qui ont leur place. Je n’irai peut-être jamais à Sumatra et peut-être n’aurai-je pas envie de déranger Lolo dans sa forêt mais je sais qu’il est là.
Les orangs-outans sont des animaux magnifiques. Ils semblent vieux comme le monde, ils semblent avoir vu tant de choses, ils semblent savoir tant de choses. Leur regard est très émouvant, profond, sage. C’est une tristesse immense de voir ces singes comme tant d’autres animaux menacés ou disparaître.
J’espère bien que mes lecteurs tomberont amoureux de la jungle de Sumatra, de Lolo et de sa Vieille Maman, veilleront sur eux, deviendront leurs ardents défenseurs ! Je fais confiance aux cœurs des enfants. Et certains adultes ne perdent jamais ce cœur, je crois en cela.

©Julia Woignier

— Ah mais ne croyez pas que la classe économique soit économique ! Elle est ÉCOSMOLITIQUE, voyez-vous !


LA VIE, LES MOTS COMME UN GANT RETOURNÉ
Pour moi, jouer avec les mots, c’est creuser un petit trou de liberté. Je cherche vraiment les écarts de langage (comme entre deux pierres), les interstices. Je pense qu’à partir du moment où l’on s’accorde le droit de retourner les mots, de les secouer comme un prunier, l’on garde et nourrit sa capacité à retourner ses pensées, à se retourner soi-même. Si l’on peut se retourner soi-même, qui pourra bien nous faire prisonnier ?
Il y a un poème de Paul Nougé (dans Les Lèvres nues n°8) que j’aime beaucoup : «  Il y a des gens qui ont un air de liberté sur les lèvres et qui ne sont pas nécessairement des assassins. Tentez de prendre l’air ».
Je voudrais que les enfants en me lisant sentent qu’ils peuvent soulever quelque chose de très libre. Pour moi, c’est quelque chose d’essentiel, mes personnages sont libres de tout, d’aimer qui ils veulent, d’être nuls ou lents, ou de mauvaise foi, de tricher, de changer d’avis, de ne pas se lever le matin, de ne rien apprendre du tout. Parce que sûrement, ce qui compte c’est ce qu’ils sont, avant toute chose, avant d’aller à l’école, avant d’apprendre des règles, avant de se lever le matin. Garder un air de liberté. Tenter de prendre l’air.


« QU’EST-CE QUE C’EST ENCORE QUE CE SALAMI ? »


ENTENDRE LE MONDE À HAUTEUR D’ENFANTS
Les enfants m’intéressent plus que les autres personnes, moi qui suis un peu de Laurent le Outan. Je ne suis pas souvent à l’aise avec les gens mais avec les enfants, je le suis toujours.
J’ai une grande confiance en eux, je sais bien qu’ils comprendront, je sais bien que sinon, ils inventeront. Cela ne me dérange pas s’ils sautent des pages du livre, écrivent une autre histoire.
Lorsqu’elle ne savait pas encore lire, ma nièce Gwen lisait en chuchotant des bande-dessinées pour imiter son grand frère. Elle lisait très sérieusement, avec beaucoup d’attention et de passion en tenant parfois, ses livres à l’envers. D’ailleurs, petite elle m’a aidée à écrire la petite fourmi, elle a son courage et ses petits poings serrés.
Mes petits lecteurs donc peuvent lire à l’envers ou entre les lignes, cela sera très bien aussi. Je pense même que Lolo en serait enchanté.

©Julia Woignier

QUALITÉ LIBERTÉ
Je pense que lire c’est déjà être libre. Et choisir son livre est important. Il est donc nécessaire de faire des textes de qualité pour les enfants qui savent reconnaître une œuvre. Une amie professeure m’avait rapporté qu’une classe de CP, je crois, avait applaudi après la projection d’Alice de Jan Svankmayer parce qu’ils l’avaient reconnu ainsi. Ils ne sont pas bêtes, donc ce n’est pas la peine de leur écrire des textes idiots.
Je crois qu’un seul livre peut changer quelqu’un, le marquer, œuvrer en lui longtemps, ouvrir un chemin. Pour moi, encore une fois, il ne s’agit pas d’être militante mais de créer de la liberté.

©Julia Woignier


LE TEMPS DE LA LECTURE
J’ai appris de mes parents à aimer lire. J’ai toujours vu mon père lire, se lever même très tôt, avant tout le monde, pour lire seul. Faire le tour des librairies, posséder trois ou quatre exemplaires du même livre, ranger et re-ranger ses livres à la recherche de l’un d’eux. Il y avait un livre un peu compliqué pour mon âge, Le temps de Julie, dans lequel ma mère avait écrit au crayon papier la définition des mots difficiles et où elle m’expliquait des sentiments ou des situations, que je ne pouvais pas vraiment saisir. C’est une très belle façon d’apprendre à lire, ainsi accompagnée.
Je ne me suis jamais sentie seule en lisant, je pense que les livres sont des amis et qu’ils consolent. J’aime m’entourer d’eux, même trop, comme mon père. Pour moi acheter un livre n’est jamais dépenser de l’argent, et quand je suis triste, chercher un livre ans ma bibliothèque, dans un magasin, dans un magasin d’occasion, m’apaise et me console toujours.





Les rizières apparaissent comme des miroirs, reflétant le ciel. Le paysage se déploie, immense, multiplié. Sans les arbres, sans la jungle, Laurent le Outan se sent nu comme un ver. Une brise légère fait danser ses poils flamboyants, les herbes et les champs. La petite fourmi hume l’air, elle a la chair de poule. Monsieur Bouhabibi flotte au-dessus de leurs têtes, s’éloigne, revient tout étonné.

EN MÉMOIRES BELLES COMME TOUT
J’aime m’accompagner de ce que j’ai aimé, j’aime me ressourcer en les autres. J’ai des auteurs jeunesse chéris, aimés, comme Toon Tellegen, Arnold Lobel ou Janosh.
L’eau et les rêves de Bachelard m’accompagne aussi, j’y reviens souvent. Le surréalisme, André Breton. La peinture, Max Ernst. Le mouvement Dada et l’art brut. Les fleurs d’Anna Zemankova. Le formulaire pour un urbanisme nouveau de Ivan Chtcheglov dit Gilles Ivain. La poésie de Ghérasim Luca. Ce poème de E.E. Cummings : who are you, little i. Et celui-ci : Le Sorcier noir, la mise en formule d'une forme de Jacques Hérold, de Ghérasim Luca et Jacques Hérold. Des chansons de variété (en passant de Joe Dassin à Céline Dion) ou des chansons à texte peuvent aussi être des moteurs de mon inspiration, elles viennent souvent à moi lorsque j’écris. J’écoute en boucle Il suffirait de presque rien de Serge Reggiani, La relève de Dominique A, par exemple.
Des expressions de mes grands-parents reviennent souvent. Ainsi, rien ne disparaît vraiment.
Ecrire, c’est convoquer toutes ces différentes mémoires, c’est se pelotonner sous une longue couverture en patchwork, c’est construire une cabane, profonde et sérieuse, légère et importante...
Et je pense à la bande annonce du film Pierrot le fou : «  Tendre et cruel. Réel et surréel. Terrifiant et marrant. Nocturne et diurne. Solite et insolite. Beau comme tout ! »

©Julia Woignier



Laurent le Flamboyant
Karen Hottois
Illustrations de Julia Woignier
Petite Polynie

mercredi 17 octobre 2018


JOURS SPÉCIAUX


MENTION SPÉCIALE PRIX VENDREDI

MILLY VODOVIĆ DE NASTASIA RUGANI

Roman salué « pour sa langue et son ambition littéraire »





lundi 8 octobre 2018

AU SUJET DE MILLY VODOVIĆ
Nastasia Rugani


Couverture de Jeanne Macaigne

Sélection Prix Vendredi





« Les mots se glissent, chaque fois de la même façon, entre les veines et les nerfs. Ils sillonnent les organes et s’infiltrent dans les fissures les plus intimes. Leur cruauté n’épargne aucune cellule. » Almaz Vodović, le frère de Milly, a été assassiné, sans que l’on trouve le coupable. Y a-t-il un lien entre le drame social et cette auteure, convaincue d’avoir donné vie à ses personnages ? À mesure que les lecteurs se perdent dans un récit aux frontières du rêve, l’héroïne tâtonne elle aussi entre fiction et réalité. L’auteure de Tous les héros s’appellent Phénix élabore un ovni littéraire et poétique. Son titre vient enrichir l’ambitieuse collection Polynies chez MeMo.
Coup de cœur, Bibliotheca n°3

L'un des textes les plus littéraires de cette rentrée est certainement Milly Vodovic de Nastasia Rugani (..). La violence contemporaine est abordée frontalement tout en y mêlant des phénomènes subtilement étranges.
Raphaële Botte, Livres Hebdo


Rentrez 2018, Sélection de Guénaël Boutouillet


Wouah !!!!
Quel choc !
Et quelle écriture !
J'avais déjà adoré son écriture pour "Tous les héros s'appellent Phénix" (EDL) mais là, j'invite vraiment tout le monde à découvrir la force de la plume de Nastasia Rugani. C'est beau, c'est fort, c'est sans concession aucune. C'est tout ce qu'on peut attendre de ce qu'est devenue la littérature ado depuis quelques années !
J'ai adoré ! Pas la peine de vous raconter de quoi ça parle, faites-moi juste confiance. Ce texte est un bijou.
Amis libraires lisez ce texte car il a besoin de nous !
Librairie M’Livre

Milly Vodović est cachée derrière un arbre, la colère monte telle la petite bête, sauf que contrairement à la comptine ce ne sont pas des guiliguilis qui guettent son adversaire… Son frère ainé, Almaz, apeuré dans son champ de vision est face à Swan Cooper, une arme à la main. Prise d’une rage, d’une hargne folle, (dois-je vous préciser qu’elle a 12 ans ?!) Milly surnommée Milk, court, fonce dans Swan lui cassant le bras et le nez, pour sauver son frère couché à terre, dans la boue. Vexé, Almaz, 17 ans (tu m’étonnes), ne lui pardonnera pas, jamais… Mais peut importe, Milly au caractère rude, se sent pousser des ailes, voire indestructible désormais. Mais se sentira-t-elle si sûre d’elle quand les coccinelles envahiront la ville, que certains démons se réveillerons ?
Milly Vodovic est juste IN-CROY-ABLE (le bouquin ET le personnage) !
En tant que terrienne (au sens villageoise) si j’avais lu ce roman à 15 ans il m’aurait fait non seulement aimer davantage la littérature (c’est certain); mais m’aurait surtout fait me sentir moins seule, m’aurait donné plus de courage aussi pour affronter la vie d’adulte qui se profilait devant moi. Tout comme le personnage de Milly, le roman en lui-même est impressionnament magique ! Il donne du sens… Entre roman d’aventures et fable, l’histoire de Milly est captivante ! Zestée d’amitiés – parsemée de larmes – agrémentée de fantômes, elle nous rentre dans l’lard et nous met face à nos propres démons (Qui n’en a pas ?!) Entre rêve et réalité, saurez-vous les dompter jusqu’au bout ?
Milly Vodovic parle des possibles, d’injustice, des rêves, éveille rébellion et folie douce… Oui, tout ça !
Mel, La soupe de l’espace, Énorme coup de coeur




L’histoire de Milly pourrait arriver en tout temps, en tout lieu et à tout être humain, mais elle est aussi unique et habitée. Ce n’est pas un roman qui se dit, mais un qui se vit. Un roman que j’ai beaucoup aimé alors même qu’il a fait saigner mon âme.
Et puis, comment ne pas être emporté par l’écriture fougueuse, parfois même féroce, onirique, vivante et vibrante de Nastasia Rugani; comment ne pas être séduit par l’animalité de ses personnages ?
Tout particulièrement, par celle de notre héroïne, Milly, petite fille énergique “aux cheveux d’un noir féroce” et aux genoux toujours égratignés. Elle qui ne veut pas grandir, elle qui refuse l’entrée dans un monde adulte fait de fausses apparences, de mensonges, de brutalité et d’obligations, elle qui aimerait juste continuer à dévaler les sentiers pied-nus et échevelée, se régaler de glaces à l’eau, rêver, s’émerveiller et aimer tout et tout le monde. Mais peut-on arrêter l’inéluctable ? Petite Milly, la vie est parfois brutalement injuste, et la noirceur du monde nous rattrape quand bien même nous refusons de nous laisser prendre. Oui vraiment, ce petit personnage m’a séduit par sa pugnacité, son amour, son innocence.
Je trouve que Nastasia Rugani éveille notre sensibilité littéraire, dans son roman, comme dans une tragédie grecque où cohabitent dure réalité et mysticisme, il y a quelque chose d’animal qui puise sa force dans la terre pour ensuite nous élever. Cette histoire nous révolte, nous attriste, nous attendrit aussi, elle nous pousse à réfléchir à nos actions, à nos mots, à célébrer le moment présent, à nous ouvrir aux autres et à de nouveaux lendemains et nous rappelle que ici et partout le non-dit et l’ignorance mènent parfois à la souffrance.
Petite Fleur Love Books


« Le grand livre de la littérature ados de la rentrée. C’est un livre qui m’a vraiment touché en plein cœur, qui m’a vraiment fait revenir à mes lectures d’adolescents quand j’avais lu Le cœur est un chasseur solitaire, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee. C’est un roman magnifiquement écrit, extrêmement touchant, une magnifique tragédie. »
Gwendal Oules sur France Bleue


Rarement un roman pour adolescents ne m'avait fait cet effet et c'est peu dire.
Le premier de la collection Grande Polynie aux éditions MeMo fait fort.
La beauté de la langue, sa fougue, sa force, sa plénitude, sa justesse, sa cruauté, comme jamais je n'en ai lu. 
J'ai mis du temps à le lire, pour en savourer chaque recoin, chaque parcelle tant cette langue maniée avec autant d'ardeur vous cueille à chaque phrase. Le nombre de passages que  j'ai relus et relus, comme subjuguée et éblouie ! 
Subjuguée et éblouie, je l'ai été aussi par cette histoire étrange, entre rêve et réalité, dont la fin nous donne en quelques pages la réponse. Quelle maîtrise ! Jusqu'au bout, je me suis laissée emporter par ce récit et par ses personnages si touchants, si troublants, si bouleversants.
Milly d'abord, ce petit bout de fille qui refuse de grandir et qui navigue entre deux sexes, en permanence. Un nouveau Peter Pan ? Oh comme je l'ai aimée dans tout ce qu'elle fait, dans sa rigueur d'âme, sa faculté à percer les autres à jour, à communier avec la nature, un être à part entière qui vit la vie avec rage et bonheur mêlés.
Et puis il y a Douglas et Swan, les deux copains à la vie à la mort. Portant une ambivalence entre cruauté et attendrissement.
Almaz et Tarek, frères de sang, respectivement frère et cousin.
Et Deda son oncle et sa mère Petra, traumatisés à vie par le conflit bosniaque.
La mère mourante de Swan dont on perçoit le rôle essentiel dans l'histoire.
Et d'autres personnages entre onirisme et imaginaire.
Ce roman, c'est un kaléidoscope d'émotions tristes, mélancoliques, nostalgiques dans un écrin de langue superbe. Je l'ai lu avec un immense pincement au cœur mais aussi avec un élan de vie plus fort que la mort. 
Je suis très contente qu'on ose proposer aujourd'hui aux adolescents ce roman à la richesse indéniable, tant sur le fonds que la forme !
La couverture de Jeanne Macaigne en révèle toute la splendeur énigmatique.
Un roman incroyable avec la plume magnifique de Nastasia Rugani et sa mise en abyme.
Méli-Mélo de livres


Cela fait plusieurs semaines que je cherche les « bons » mots pour dire l'émotion transmise par ce roman. Je l'ai gardé dans mon sac plusieurs jours après l'avoir terminé, comme si cette "Milly Vodović" ne pouvait se reposer tranquillement sur un coin de table ou une étagère. Aujourd'hui, j'ai juste envie de dire que j'ai été subjuguée par l'histoire, les personnages et l'écriture. Depuis, pour ne pas quitter l'univers, comme un film ou une chanson qui te colle à la peau, je lis les écrits de Nastasia Rugani sur le blog "Nouvelles de Polynies" ! C'est un roman à défendre, à accompagner, il va avoir besoin de nous parce qu’il n’est pas « chaise longue » et c’est tant mieux… C’est un livre à lire dès l’adolescence ! Grandiose.
Librairie Floury Frères, Chloë





HAUTEMENT LITTÉRAIRE
BOULEVERSANT
PERCUTANT
À lire dès 15 ans... et sans autres considérations d'âge !!
"Adultes" : ce livre est aussi écrit pour vous.
Comme un  roman, Florent M. 


Une famille musulmane d’ex-Yougoslavie aux prises avec les petits blancs de Birdtown : La vie de Milk n’est pas rose, mais peuplée d’étranges créatures. Un incroyable roman avec des personnages baroques, écrit dans une langue puissamment poétique et originale
Les buveurs d’encre




Ça y est, elle a poussé la porte de la librairie #millyvodović . Elle est entrée, lumineuse et révoltée, et s'est installée sur la table, farouche et volontaire. Des textes comme celui là, il y en a peu. Des qui vous attrapent aux tripes, au coeur et aux méninges en même temps, comme ça l'air de rien, c'est rare. En lisant vos mots Nastasia Rugani, j'avais 7 ans, 16 ans, 28 ans, 45 ans, 62 ans et plus encore, ou moins peut être. Tout est beau dans ce livre, les gens, les mots, la sublime couverture de Jeanne Macaigne, l'histoire, le monde autour et les coccinelles. J'y ai croisé #carsonmccullers et #murakami aussi. J'ai fait un voyage humain et littéraire hors du commun. Elle vaut la rencontre cette Milly Vodović, vraiment.
Librairie Lucioles, Mélinda Quillet

"Cette fille est assurément une hallucination. Même son visage cuivré, sous la lune rose, rappelle les souterrains ornés de joyaux, où se déroulaient les contes de son enfance. Toutes ces créatures célestes et ces monstres d'outre-tombe, dans ses yeux à elle. À dire vrai, elle ressemble surtout aux lucioles du jardin de sa grand-mère. Insolites et éclatantes de couleurs, des couleurs impossibles à délaver." ~ Cette fille, c'est Milly Vodović, 12 ans, fille d'immigrés vivant dans un quartier pauvre et subissant le racisme post-septembre 2001. Un électron libre, qui se sent invincible après avoir cassé le nez et le bras du garçon qui menaçait son frère. Mais personne n'est à l'abri du malheur, et Milly va en faire les frais ... Un roman absolument splendide et envoûtant, magnifiquement écrit, avec un personnage principal tout simplement inoubliable et une pointe de fantastique qui fait toujours hésiter entre le songe et la réalité. Un texte marquant et captivant qui parle d'injustice, de rêves d'avenir et invite à la rébellion.
C'est assurément un des grands romans ado (et adulte !) de la rentrée, de ceux qui vous font aimer la littérature.
Des livres et vous


Ce livre est époustouflant, étonnant, curieux, questionnant, déflagrant, profond ... Bref. J'ai É N O R M É M E N T aimé ce moment de lecture
♥♥♥
Vous l'avez lu?
Et quelle couverture, non?
♡♡♡
Librophoros, Claire


Lire MILLY VODOVIĆ
Déguster chaque phrase, vivante, parfumée
Plonger dans la tendresse, se faire égratigner par les ronces
Nastasia Rugani, virtuose des mots
Balad'en page


Un roman percutant et prenant dans un univers noir marqué par la violence, mais avec des moments bouleversants de tendresse grâce à cette Milly, cette fillette qui est tellement attachante par les liens qu’elle crée autour d’elle, mais qui face au monde qu’elle découvre ne voudrait plus grandir.
Un roman riche par la complexité de ses personnages, par la musicalité de son écriture, de par la variété des thèmes abordés : le racisme, l’absurdité de la guerre qui détruit ceux qui la subisse, mais aussi ceux qui la font, l’innocence que l’on tue, le jeu entre fiction et réalité, le pouvoir de l’écrivain…
Un roman qui fait appel à tous nos sens pour nous plonger dans cette atmosphère lourde du sud dans laquelle toutes les tensions sont exacerbées.
Opalivres, Coup de cœur


Coup de cœur
Comment ne pas vous parler du dernier livre de Nastasia Rugani ? C’est la découverte d’une écriture fabuleuse, sensitive et magnétique. "Milly Vodović" est un roman intense où on retient son souffle face à la subtilité et la richesse d’une langue fulgurante.
Milly est une jeune fille intrépide et fougueuse, éprise de liberté, qui trouve refuge dans une nature onirique et foisonnante pour échapper à la bêtise et la violence crasse des hommes. Tout est explosion des sens, ressenti à fleur de peau. L’auteure fait naître des images, des sons, des émotions avec une palette de mots qui piquent, écorchent, réchauffent, enivrent tout en faisant fleurir des coccinelles par millier. Un texte envoûtant d’une grande beauté, il se savoure et s’apprivoise, une pépite inoubliable.
Librairie Lise&moi


D’abord cette couverture à l’attraction mystérieuse. Illustrations incandescentes. Fond noir aspirant. Abîme. Espace sans limite. Puis la scène d’ouverture, glaçante, scellée par l’audace animale – instinctive – de Milly, douze ans. Le rutilant révolver de Swan braqué sur Almaz son frère, à terre. La fureur de Milly, qui s’élève et cogne, gestes téméraires sous  son armure de garçon. Elle aura sauvé son frangin, cette fois-ci… la deuxième sera funèbre. Ce roman fascinant est si foisonnant si puissant qu’il m’est impossible d’en raconter l’histoire. Mais des mots me viennent désordonnés embroussaillés, des mots à écouter, des mots qui valsent : dedans, dehors, regard sur soi, vue sur le monde, grâce, éclat, profondeur, mise en abîme, pureté, eau, fraîcheur, l’enfance qui s’enfonce, la femme qui se dessine, les flammes,  la guerre, chaleur, sécheresse, passé, mémoire, Amérique, Bosnie, racisme, méfiance, à jamais l’étrange étranger, singulière fillette, un entre-deux flottant, un territoire à inventer, un livre qui s’écrit, monstres et fantômes, êtres de papier, des vivants et des morts, nature luxuriante, plantes généreuses, coccinelles envahissantes, luttes adolescentes, tour à tour brûlantes dévorantes étouffantes et croupissantes, Daisy la romancière condamnée, Petra la mère qui se tait, le père disparu, chagrins et douleurs, illusions, haïr, adorer, amour naissant, du piquant du mordant, connaissance, imagination, des mots qui font sens, des sentiments qui écorchent, des sensations qui saisissent, des fleurs qui s’ouvrent, d’autres qui se fanent et pâlissent,  avancer, semer, observer, affirmer, grandir, donner, recevoir, dépasser, brusquer, discerner, comprendre, Birdtown les plaines rouges, une terre poisseuse des humains englués, un monde qui pique et qui saigne, à réparer à caresser, Milly si petite et si forte, si douce et si tenace, si lumineuse et si mélancolique, si féminine et si masculine…  entraînée dans l’histoire qu’elle fait déborder…
Un roman ardent, une écriture déferlante, des personnages denses, une atmosphère ensorcelante, une écrivaine éblouissante.
Les mots de la fin


(...) Je découvre ici Natasia Rugani. Et c’est grâce à elle, que je croise la route de Milly Vodovic. Cette petite d’à peine plus de douze ans, porte déjà le lourd bagage du passé sur les épaules. Sa famille, des immigrés bosniaques sont bien loin de rouler sur l’or. Et elle, on la sent aussi paumée qu’une petite fille abandonnée tant elle est restée coincée dans l’enfance, et paradoxalement, elle a la hargne, la rage et la force d’un vieux soldat après-guerre.
Les premiers mots, la première scène plante le décor : Milly défend son frère, bien que plus âgé, face à un camarade armé et violent mettant toute forme de peur de côté. On le comprend très vite. Elle est différente. C’est à travers elle que le roman montre son engagement face aux injustices sociales. Au fur et à mesure, alors que l’on croise une écrivaine très spéciale, une drôle d’ambiance s’installe, des événements étranges commencent à se produire, des coccinelles débarquent. On se perd alors entre rêve et réalité, le tout appuyé par une écriture volontairement floue et énigmatique. 
Comme quoi les rencontres les plus étranges, sont parfois les meilleures !
(P)liées, Julie


(...) Ecouter Nastasia Rugani conter MILLY VODOVIĆ avec sa voix singulière, intime, hypnotisante.
Regarder Nastasia Rugani dessiner MILLY VODOVIĆ avec ses mains, ses mots, sa mémoire.
Suivre Nastasia Rugani = dans un monde étrangement réel et réellement étrange, quelque part à la lisière d’un rêve qui ne finit pas, à la frontière de la réalité teintée d’onirisme.
Lire Nastasia Rugani.
S’imprégner de la chaleur humaine. Se figer dans la glace de la cruauté.
Se réjouir dans la lumière de l’espoir. Ramper dans les ténèbres de l’âme.
Guérir ses blessures en redevenant enfant. Se faire griffer par les épines de l’adolescence.
Se couvrir d’une promesse qui ne déçoit pas. Se dévêtir des nombreuses couches de l’hypocrisie.
Saigner. Se salir. Se redécouvrir. Se comprendre. Se construire. Se reconnaître. S’ouvrir. Rester soi-même. Vivre.
Lire Nastasia Rugani – c’est partir loin et rester à l’intérieur de soi-même. C’est découvrir une nouvelle dimension, hautement littéraire, humaine et poétique, composée de myriades de miroirs qui nous renvoient des milliers de reflets, tristes, heureux, poignants, choquants… Mais c’est aussi entrevoir le grand pouvoir de l’écrivain à une ampleur insoupçonnée… Percevoir le mystique de la création.
Comment parler de MILLY VODOVIĆ ?
Les pensées s’entrechoquent, les mots se cramponnent à la respiration et meurent avant de sortir étouffés par une émotion forte, omniprésente.
Nastasia Rugani. Une plume magnifiquement vivante, puissante, époustouflante.
Une écriture de virtuose qui laisse sans voix.
Une écriture « du côté de la vie ». Une lecture sans « frontière ni âge ».
Balad'en page, Andrea



Coup de coeur La marmite à mots

Milly du haut de ses douze années, connaît déjà la rudesse de la vie, la pauvreté et la difficulté d'être enfant d'immigrés. Coincée dans l'enfance, on la sent aussi paumée qu'une petite fille abandonnée, et paradoxalement, elle a la force et la rage d'une personne avec un lourd vécu.
L'écriture se veut volontairement floue et énigmatique quand des événements étranges commencent à se produire, et qu'on se perd alors entre rêve et réalité...
Les premiers mots, la première scène plantent le décor. Ce sera un roman engagé, étrange, prenant mais surtout comme aucun autre.
Decitre Grenoble

Un récit poétique qui évoque la vie difficile d’une adolescente d’origine bosniaque aux Etats-Unis.
Voici un livre qui ne se laisse pas attraper si facilement. Il est du côté du mystère, de l’enfance et de la poésie. Il fait surgir des mondes, des images, des personnages, des émotions, sa lecture est une singulière aventure, mais l’histoire qu’il raconte échappe parfois. Qui l’écrit, d’ailleurs ? L’auteure ou la femme écrivain qu’elle met en scène ? Le fil d’Ariane de ce texte aux multiples chemins est une « étrange petite personne d’une douzaine d’années », Milly Vodovic, une gamine aux cheveux « d’un noir féroce, trop courts, mal coupés », animale, guerrière, courageuse.
D’origine bosniaque, elle vit dans le sud des Etats-Unis, en 2008, peu après le 11 Septembre, quand les musulmans étaient vite assimilés à des terroristes. Milly, qui n’a jamais vu la Bosnie et se sent rejetée dans le pays où elle vit, a construit son propre territoire, enchanté, proche de la nature, elle parle aux fleurs et aux animaux et croit aux monstres cachés dans la nuit. Imprégné des auteurs du Sud, Flannery O’Connor ou Carson McCullers, le livre flirte avec le fantastique, réel et imaginaire se mêlent intimement. La mort est omniprésente, et la forme de la tragédie s’impose. Le roman pourtant, par la richesse de sa langue, est d’une beauté lumineuse.
Télérama, Michel Abescat, TT


Un conte contemporain fantastique, percutant, poétique
La Règulière


Coup de cœur
Librairie Les passantes

Après le remarquable "Tous les héros s'appellent Phénix" publié à Ecole des Loisirs, Cette excellente autrice met en lumière la vie mouvementée d'une adolescente bosniaque de 12 ans, Milly, "étrange petite personne " vaillante et combative qui vit dans le sud des USA. Un livre à la fois sombre et lumineux qui baigne dans une atmosphère poétique.
Librairie Forum Mirose

J’ai mis du temps à lire Milly Vodović. Pas parce que ce roman m’ennuyait mais parce qu’il fallait que je le prenne, ce temps. Pour m’imprégner de l’écriture de Nastasia Rugani et de l’univers foisonnant et fourmillant, déstabilisant et émouvant de Milly, Milk, Vodović.
Je l’ai donc lu, lentement, précautionneusement et très attentivement. Je ne voulais rien manquer de la beauté, de la précision avec laquelle l’autrice nous racontait son histoire, cette histoire hors du commun, hors du réel.(…)
Une fois la dernière page tournée, une fois le livre refermé, je me suis sentie un peu étourdie, sonnée, songeuse mais avec une envie folle d’en parler tout en étant sûre d’avoir des difficultés à le faire. Enfin… aussi bien que ce roman le méritait. Malgré tout, je me suis lancée. Je devais bien ça à Milly, après tout ce qu'elle m'avait apporté. (…)
Ce texte ne vous laissera pas indifférent, ça je peux vous l’assurer.
Soit vous n’adhérerez pas à la narration singulière de Nastasia Rugani et vous abandonnerez Milly à son sort, pourtant extraordinaire. 
Si vous décidez, comme moi, de partager son histoire, je vous promets une expérience de lecture exceptionnelle auprès de personnages forts et tout en nuances, dans un monde d’errance entre réel et imaginaire.
Entre ce qui est, ce qui n’est pas et ce qui n’est plus, la réalité dépasse la fiction et la fiction prend le pas sur la réalité. Enivrant et hypnotique.
Céline Bouju, HashtagCéline


Derrière la magnifique et mystérieuse couverture de Jeanne Macaigne se cache l’histoire captivante de Milly Vodovic, une jeune fille d’origine bosniaque pour qui grandir est une abomination. Pour elle, l’enfance rime avec liberté. Celle de parler aux fleurs et animaux, d’être asexué et de se construire son propre monde enchanté. Mais des phénomènes étranges se produisent autour d’elle. Alors que la ville se recouvre de coccinelles, le Mange-cœurs approche. Milly se répète que les monstres n’existent pas. L’histoire, elle, ne l’entend pas de la même manière. Mention spéciale du prix Vendredi 2018, cet ouvrage de Nastasia Rugani est un concentré d’émotions.
CNews, Les cinq romans à offrir aux adolescents




Portrait littéraire de Nastasia Rugani
Balad'en page

Ce roman est LA rencontre littéraire de la rentrée jeunesse ! (…) les livres jeunesse où la plume se fait si libre, si dense et si rageuse sont rares. La romancière joue avec les mots, ose une incursion dans le fantastique et manie une structure complexe puisque dans ce roman se cache un autre roman. Milly rencontre Daisy, la mère de Swan. Cette femme, gravement malade, est écrivaine. Nastasia Rugani réussit à manier les deux intrigues (la sienne et celle de Daisy), ce double récit lui permettant d’aborder frontalement la création et l’écriture.
Enfin, ce roman est de ceux qui ne s’oublient pas. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee ou encore Le cœur est un chasseur solitaire de Carson McCullers, ne sont pas très loin… Milly Vodović prend ainsi des allures de fable et se lit plusieurs fois tant les voies (et les voix) sont riches. Milly la guerrière est immortelle…
Lire, Raphaële Botte, Quatre étoiles