samedi 14 juillet 2018


Grand concours Vendredi ! (si le coeur vous en dit) par Gilles Barraqué

Le 24 mai est sorti Vendredi ou les autres jours, recueil de nouvelles développant un même petit monde îlien avec ses personnages ; Robinson et Vendredi à ma sauce, sous un angle ludique… Il y est beaucoup question de jeu. Écho du monde de l’enfance, bien sûr, mais aussi véritable modus vivendi dans le partage de l’espace et du temps, pour deux êtres vivant dans le vase clos de leur île – censément clos, plutôt, car on verra que ce monde est poreux. Le jeu est ainsi la clef du recueil.


©Hélène Rajcak

Pour la petite histoire, sachez qu’un jeu a présidé à sa composition.
Vendredi ou les autres jours obéit à une contrainte oulipienne : initialement, tous les titres des nouvelles reflétaient une variation sémantique et/ou homophonique de la formule « Il était une fois ». La métrique en est scrupuleusement respectée ; l’homophonie un peu moins, mais il était aussi amusant de la tordre.
Exemples : le titre de la première nouvelle, qui donnait celui du recueil, c’était « Île était une fois ». On aurait pu trouver par la suite – ce n’est donc pas le cas – « Il était un froid », « Il ôtait une fois », « Illettré une fois »… J’avais même pensé à appliquer la contrainte aux mentions formelles du livre : « Illustré une fois » par Hélène Rajcak, « Gilles était une fois » pour introduire une bio.

Ce jeu de contrainte peut sembler gratuit, et il l’est, d’une certaine façon (le jeu !). Il y a bien eu, pourtant, une interaction du fond et de la forme. Avant l’écriture, j’ai planché sur un tableau de variations. J’en ai établi une grosse cinquantaine. Dès lors, à l’écriture, c’est souvent une variation particulière qui a décidé du thème de la nouvelle ; a contrario, parfois, j’avais l’idée de la nouvelle, et j’ai dû imaginer une variation spécifique en titre.

La contrainte « Il était une fois » n’apparaît plus à la publication. J’ai choisi d’autres titres aux nouvelles, plus classiques… Il n’était sans doute pas nécessaire d’ajouter un plan de lecture en superposition. Mais elle est bien là, en présence fantomatique, appuyée sur les arguments des histoires, sur des indices placés à dessein dans le texte.
Je prétends qu’à l’issue de la lecture on peut recomposer ce jeu de variations.

C’est l’objet de ce Grand concours Vendredi. Je vous invite au jeu. Retrouvez les titres initiaux, pliés à la contrainte ! Certains sont évidents, qui jouent seulement sur un vocable (voire sur une lettre !), en dérivation claire du thème ; d’autres sont plus tordus, et il faut alors se recentrer sur un élément précis de l’intrigue, relever un indice au détour d’une phrase.

Vous souhaitez participer ? Proposez votre liste et adressez-la à chloe.mary@editionsmemo.fr (n’oubliez pas l’estampille « Grand concours Vendredi » dans l’objet de votre message).
Date limite des envois, le 1er septembre 2018. En cas d’égalité, la date de l’envoi prévaudra. Enfin, si aucun des participants n’a pu établir la liste complète, on couronnera ceux dont la liste est la plus fournie.

Au fait, quels sont les lots décernés ?
Premier prix : une bouteille de rhum (blanc), convertible en trois romans dédicacés publiés en Polynies, pour les allergiques au rhum, les abstinents ou les repentis – « Il était un foie », n’est-ce pas…
Second prix : deux romans dédicacés publiés en Polynies.
Bon courage !
Gilles

samedi 30 juin 2018

BEAUX MOTS, BELLE VIE 
(SUITE DE LA CHAIR CHAUDE DE LEURS MOTS)


VENDREDI OU LES AUTRES JOURS
Gilles Barraqué, illustrations d'Hélène Rajcak (Polynie)

Qu'il est réjouissant ce roman ! Paré de trouvailles langagières et des illustrations d'Hélène Rajcak, le récit de Gilles Barraqué offre au duo Robinson-Vendredi une nouvelle jeunesse. L'auteur décrit avec humour et tendresse ces deux grands enfants qui passent, une fois leurs corvées achevées, leurs journées à s'amuser. Le texte, qui s'organise en une suite de nouvelles jubilatoires, porte le plaisir de vivre et de profiter du présent à son paroxysme. Libérés des contraintes du quotidien, des pressions sociales, d'un futur à prévoir, les deux personnages développent leur sens de l'amitié dans un cadre idyllique. Au milieu d'une nature généreuse, leurs aventures - délicieuses - les poussent à innover et à se réinventer jour après jour. Un apprentissage de soi à travers l'autre, croqué d'une plume aussi fringante qu'affectueuse pour ses héros qu'elle sait rendre terriblement attachants.

Clémentine, Enfantipages


Illustration d'Hélène Rajcak

Une deuxième "Polynie" est en librairie, "Vendredi ou les autres jours" de Gilles Barraqué, illustré par Hélène Rajcak (MeMo, Polynie, 132 pages). Une robinsonnade jubilatoire où on rigole plus souvent qu'à son tour et qui envoie joyeusement paître la réputation de publications "difficiles" de l'éditeur. L'essayer, c'est l'adopter! Bien sûr, c'est aussi une œuvre littéraire, bigrement travaillée, mais c'est surtout une pinte de bon temps passé en compagnie de Robinson et de Vendredi et de ceux qui passent sur leur île déserte. (…) Et cela vaut grandement le détour! Surtout que le texte pétillant de Gilles Barraqué est agréablement soutenu par les illustrations en noir et blanc de Hélène Rajcak. Par ses dessins en grand ou en vignettes, elle capte l'attention du lecteur et prolonge sa lecture. Ce sont des aventures qui nous sont contées mais avec un humour tel qu'on peut éclater de rire en lisant. Et quelle imagination pour organiser avec les ressources locales une vie proche de la nôtre! Amateurs de termites et d'oreilles de cochon grillées, de crucru, de bière de banane en calebasse, aficionados de jeux de plage comme le "crabe-caillou", de jeux de mots et d'injures à la capitaine Haddock, ce livre est pour vous. Pour vous amuser mais aussi pour appréhender la vie de naufragé volontaire, avec ses hauts et ses bas. Car il est aussi question d'amitié entre ses deux bougres qui s'invectivent sans cesse mais s'apprécient plus qu'ils ne sont capables de le dire et se soutiennent l'un l'autre avec des moyens originaux.
Aventures, humour, chaleur humaine, imagination, extravagance s'entrelacent dans un roman à l'entrain contagieux. Vraiment, il ne faut pas manquer "Vendredi ou les autres jours"!
Lucie Cauwe, Lu Cie & co


Un régal que de re-découvrir (je dirais même de découvrir) l'histoire de Robinson et de Vendredi sous la plume si alerte et ingénieuse de Gilles Barraqué !
Ce recueil de nouvelles, abordant sous différentes facettes et un humour mordant, la vie sur cette île déserte (?) mais que non ! Il y vit deux énergumènes absolument fantastiques, dans le jeu en permanence, l'auto-dérision et une complaisance assumée de leur vie (par rapport à celle de leurs visiteurs : pirates de tous poils, cannibales, navires en tous genres,...). Cette lecture est jubilatoire tant le rythme de la narration, les trouvailles gustatives et ludiques, les agacements et les compromis des deux îliens (comme un vieux couple qu'ils ne sont pas), la tendresse et l'amitié qui les lient vous sautent à la figure avec l'envie de les rejoindre sur le champ. Et puis non, ce serait briser ce savant équilibre, c'est tellement mieux de les regarder  vivre !
Les illustrations en noir et blanc d'Hélène Rajcak sont parfaites de fantasmagorie et de réalisme mêlés.
Si cela vous intéresse, un jeu a précédé la composition de ce roman qui célèbre lui-même le jeu en permanence (Grand concours Vendredi). Je ne m'y suis pas frottée tant j'ai été absorbée par cette lecture qui m'a procuré un plaisir immense !
Il me reste à découvrir les titres Grande polynie...
Méli-Mélo de livres


L’histoire de Vendredi et de Robinson réécrite à la manière de Gilles Barraqué
Nos protagonistes proposent des jeux, des aventures singulières et même le fait qu’ils ne veulent pas partir de leur île…
Une façon de découvrir un classique de la littérature et d’amener les lecteurs à vivre une belle aventure.
Un livre qui propose des thèmes à débattre.
Contalyre


Coup de cœur
Ce recueil de nouvelles-roman, parodie du roman de Daniel Defoe, nous emmène sur l’île de Robinson et Vendredi et nous invite à partager leur quotidien fait de jeux, de chamailleries amicales, de festins arrosés à la bière de bananes et de franches rigolades. Là-bas déguisements et ruses en tout genre servent à se débarrasser de tous les intrus qui viennent troubler la tranquillité de nos deux compères. L’imagination règne en maître et on plonge tête première dans l’ivresse d’une vie à la fois libre et intelligemment organisée.
On se laisse bercer par cette délicieuse robinsonnade, et on se régale des échanges quotidiens de ces deux hommes liés par le destin et l’immensité solitaire qui les entoure. Je vous invite vivement à découvrir ce roman, pour moi c’est un véritable coup de coeur, j’ai bien ri et le recommande tout autant aux enfants qu’à leurs parents.
J’ai découvert que Gilles Barraqué était musicien de Jazz et cela transparaît dans son écriture, elle est mélodieuse et vivante. Un véritable plaisir. Le texte est accompagné par les illustrations délicates d’Hélène Rajcak qui font de l’objet en soi un très joli livre avec une belle couverture et une tranche bleue comme les mers du Sud. N’attendez pas il est déjà en librairie !
Petite Fleur Loves Books


Ce livre constitue une suite à l'histoire fabuleuse de « Vendredi ou la vie sauvage ». On découvre la vie quotidienne d'un sauvageon et d'un barbu, Robinson et Vendredi. Ils passent leur temps à jouer au crabe-caillou, à chasser « le crucru » ou encore à s'amuser avec les pirates. Mais parfois, tout ne se passe pas comme prévu : il y a des malentendus, des ratés ou des mauvais jours.
 Robinson et Vendredi nous dévoilent leurs techniques de chasse, leurs recettes ainsi que leurs problèmes. Je trouve que redécouvrir ces deux personnages si singuliers dans ce roman nous montre que leurs différences s'effacent, ils ne font plus qu'un, ils gomment leurs origines sans les oublier tout de même. Dans ce livre, vous redécouvrirez la vie de Robinson. C'est un roman très agréable par ses illustrations et son style fluide ; il vous accrochera jusqu'à la fin.
Babelio, Chri

Le livre, d'un format très agréable, est superbement illustré : j'ai notamment adoré la carte de l'île en début d'ouvrage. Douze points y sont repérés, qui correspondent à la localisation des douze aventures composant ce récit. J'ai également apprécié la complicité des deux facétieux autochtones, en particulier lorsqu'il s'agit de faire déguerpir les intrus... et ils ne manquent pas d'imagination pour atteindre leur but.
 Bref, un roman jeunesse synonyme d'aventures et de détente recommandé !
Babelio, Fanny Vincent

Pourquoi pas ce titre afin d'initier les jeunes lecteurs « à partir de 10 ans, plus ou moins » aux personnages de Robinson Crusoe et de Vendredi ? 
Voici une réécriture accessible, présentant le quotidien joyeux et ludique de ces deux personnages qui ont tellement apprivoisé leur île qu'ils ne souhaitent pas en repartir, pour tous les trésors du monde. Une occasion de s'interroger les valeurs sur lesquelles se fonde notre société aujourd'hui….
Alors, voulez-vous jouer au crabe-caillou avec eux ? Dans ce cas, embarquez sur un des rares navires à choisir de faire escale sur cet îlot pour ravitailler en eau et en fruit. 
 PS : ayant lu ce livre avec mon regard d'adulte, le passage de la tentative de conversion de Robinson et Vendredi par un père de passage résonne étrangement aujourd hui…La réaction de nos joyeux lurons est à mourir de rire.
Babelio, Bina

Sélection Prix Manuel Azaña (cycle 3, liaison CM/6ème)

LA MARCHE DU BAOYÉ

Sigrid Baffert, illustrations d'Adrienne et Léonore Sabrier (Polynie)
 Un premier "Polynie" pour les lecteurs à partir de 9 ans est arrivé avec le printemps. C'était le très beau "La marche du baoyé" de Sigrid Baffert, illustré par Adrienne et Léonore Sabrier (MeMo, Polynie, 60 pages), avec sa tranche de la couleur des sables rouges traversés. Un récit proche de la fable sur le déracinement et l'exil pour raison économique. Direction l'ouest inconnu pour cette famille chassée de chez elle mais bien décidée à revivre ailleurs. (…) C'est ce voyage vers on ne sait où, difficile, inquiétant, éreintant, que raconte Tiago, le benjamin. P'pa, M'ma, le grand frère Ouji et lui ont pris la route à pied, pour tenter de revivre ailleurs. Ils ont juste eu le temps de jeter quelques objets, 26 comme les lettres de l'alphabet, dans une carriole qu'ils poussent et tirent. Est aussi, est surtout du voyage, leur dernier baoyé, dit Monsieur B. L'arbre porte onze kourés, fruits juteux qu'ils vont devoir protéger des voleurs et partager avec minutie pour tenir tout au long de leur marche forcée. Le soleil, le sable rouge, l'inconnu, le chemin à trouver, la faim, la soif, autant d'éléments terriblement inquiétants que Sigrid Baffert rend accessibles aux jeunes dans ce roman âpre et percutant.
Lucie Cauwe, Lu Cie & co


Illustration d'Adrienne et Léonore Sabrier
C'est une marche forcée pour Tiago et sa famille, celle de l'exil quand les Déracineurs ont tout avalé de leur ferme et que le seul espoir est de partir contraint. Mais un compagnon est là avec eux : Monsieur B., un baoyé qu'ils emportent comme le dernier vestige d'un temps perdu à jamais. Cet arbre porte des kourés bien appétissantes, dont il est difficile de ne pas résister durant cette longue marche épuisante sur ce sable rouge, l'alternance des jours et des nuits sans fin. Mais au bout de ce chemin quasi-initiatique, y aura-t-il un espoir ? Ce texte signé Sigrid Baffert, aux accents contemporains évidents, a su rester malgré tout dans la poésie grâce au regard de cette famille, mûe par une infaillible envie de vivre.
Tout de métaphores, renforcé par l'éclat somptueux et parfois tout aussi symboliques des illustrations aux couleurs chaudes d'Adrienne et Léonore Sabrier, cette histoire vous balance dans son rythme, vous hypnotise presque, vous rend sensible au fil ténu de cette famille qui s'accroche à la vie dans la faim, la soif, la marche interminable. Racontée par Tiago, le plus jeune, sa portée n'en est que plus forte.
C'est beau, initiatique, presque biblique, et envoûtant.
Méli-Mélo de livres


Deux cœurs. Un texte d’une poésie sublime, des illustrations qui nous emmènent ailleurs, une combinaison gagnante pour ce livre qui sans l’air d’y toucher nous parle de beaucoup de choses : tragédie humaine, exil, migration, faim, refus de l’autre. Une très belle découverte à découvrir le plus rapidement possible.
Libbylit

Quand il ne reste plus grand-chose aux fermiers Manké, suite aux Déracineurs passés sur leur terre, ils décident de partir en emportant un arrosoir, une machine à coudre et autres objets sans oublier surtout l’arbre aux onze fruits très juteux : le Baoyé, appelé aussi Monsieur B.
La route de sable rouge sera longue et périlleuse. La faim les dévore, comblée par les fruits de l’arbre qu’ils dégustaient avec parcimonie en faisant attention d’en garder un pour leur lieu d’arrivée.
En suivant leur périple, le lecteur va vivre une aventure chaude et familiale. Les illustrations sont aussi très colorées et agrémentent cette aventure. Un beau voyage
Coup de cœur de Contalyre

Ce livre pour les enfants « à partir de 9 ans plus ou moins », est un récit initiatique entre réalité et onirisme. J'ai rapproché ce titre d'une autre lecture marquante, pour adultes cette fois, Chamelle de Marc Durin Valois. J'admire le talent de Sigrid Baffert qui réussit à contourner l'écueil de l'insoutenable et cruelle destinée tout en s'y approchant à pas comptés. On frôle la fable, le conte merveilleux bien ancré dans le sol africain. le vocabulaire imaginaire, les métaphores omniprésentes, drôles, jalonnent l'itinéraire des mankés. La lecture du texte à voix haute apporte à l'histoire une dimension nouvelle, une plus grande empathie avec le narrateur. Les illustrations qui s'adossent au texte sont belles, expressives et colorées. Faune et flore, réalisme et illusions s'entrelacent et se dénattent dans une explosion de couleurs chaudes.
Je suis encore sous le charme de ce grand petit livre qui est édité chez MeMo collection polynie.
Babelio, soazcongar

Il s'adresse aux enfants à partir de 9 ans et je l'ai trouvé pour ma part, très agréable à lire pour un adulte aussi.
 Le sujet est éminemment actuel puisque Tiago, le narrateur, raconte le périple que lui et sa famille entreprennent à travers les sables rouges, poussés à quitter leur ferme par les Déracineurs qui ont tout rasé sur leur passage. C'est ainsi le destin de réfugiés économiques et environnementaux qui nous est raconté, sous la forme d'une fiction aux allures de conte africain.
Tiago, son frère Grand Ouji, sa mère et son père prennent donc la route avec pour seul bagage un baoyé appelé Monsieur B. portant 11 fruits (des kourés). Ils n'ont même plus d'âne pour tirer la carriole transportant ce qui reste de leur vie. La faim qui rend fou, l'épuisement, le doute quand à la destination guettent à chaque instant.
Mais malgré tous les dangers, l'élan de vie et l'espoir permettent de continuer.
La narration de Tiago à la 1ère personne nous amène à ressentir très fortement les sensations que lui et sa famille éprouvent : notamment la faim et la soif, la désorientation, l'épuisement, le risque de folie.
Un texte fort donc, agrémenté de belles illustrations colorées qui renforcent l'atmosphère de conte.

Babelio, Trebulle

Liste Coups de cœur
Un baoyé est un arbre « aux fruits plus juteux que des mamelles de buffle bleu » appelés kourés. Quand les Déracineurs sont venus, chassant les villageois, la famille a rempoté le baoyé dans un tonneau pour l’emmener ; ainsi vont dans leur errance à travers le désert « deux fermiers Manké, leur descendance dépareillée et le dernier baoyé ». Famille étonnante, en témoigne le nom de son âne malheureusement mort au moment du départ : Spinoza ! Onze kourés restant sur le baoyé pour seule subsistance, il faut apprendre à supporter la faim et la soif, retarder, partager. Mais le désert n’en finit pas, la souffrance est grande. Le texte est magnifique, mêlant poésie et langage familier, récit fait du point de vue du garçon qui, piqué par un scorpion, va frôler la mort et sans doute sauver la famille par sa prière de vie. Récit un peu magique qui dit surtout la douleur des errants, migrants et autres exilés de force, mais aussi la force du désir de vivre, la puissance de la solidarité familiale, c’est un petit roman touchant dont les illustrations en pleine page, hypercolorées, soulignent l’exotisme magique.
NVL, Claudine Charamnac Stupar

Sélection Livralire Hiver 2018
Sélection Opalivres 1er semestre 2018


LA PETITE ÉPOPÉE DES PIONS
Audren, illustrations de Cédric Philippe (Petite Polynie)


Un petit roman original qui passe habilement de la narration textuelle à la narration graphique sur le thème du libre-arbitre et de la fantaisie, une ode philosophique et joyeuse à la liberté rondement menée par l’éclectique et toujours juste Audren dont l’association avec l’illustrateur Cédric Philippe, est vous l’aurez compris fort réussie !
Mention spéciale également pour cette collection « Petite polynie » chez Memo qui porte une attention toute particulière à l’objet livre et mérite d’être accompagnée par tous les passeurs de livre.
On lit trop dans cette bibli… Médiathèques de Brest

Une écriture qui prend vie au plus près du jeune lecteur, utilisant à la fois les ressorts de la fable philosophique et ceux du roman d’aventure. L’air de rien, l’autrice mène l’enfant sur le chemin de la liberté en décrivant le pouvoir et la force du rêve ; c’est la détermination et la confiance en soi qui font que chacun peut devenir un héros, rendant possible l’impossible.
Les illustrations en noir et blanc, à la fois sombres et lumineuses, rappellent l’échiquier. Elles donnent de la force au récit en créant un décor foisonnant d’indices et de détails. C’est sous un trait plus léger qu’apparaît la silhouette de Sacha, le petit pion insoumis qui, sur ces petites jambes fragiles, part à la découverte de l’inconnu.
Un petit roman qui fait du bien, un petit bijou aussi bien dans son contenu que dans sa forme. Un récit d’aventure à la fois initiatique et philosophique sur les thèmes de la liberté et de la différence. À partir de 8 ans.
A saute-livres


Les pions mènent une vie tranquille bien rangés dans leur coffret. Ils sont en sécurité et savourent les sorties que la main leur offre de temps en temps sur l’échiquier. Parfois, l’un d’entre eux tombe et vit une grande aventure sur le tapis. La main est toujours là pour les sauver, mais ce pion devient un héros pour les autres et il anime les soirées en racontant inlassablement la même histoire sous le regard admiratif de ses camarades. Mais un des pions ne se satisfait plus de cette vie, il veut aller voir du pays, partir à l’aventure. Quelle idée, sans l’aide de la main, un pion ne peut pas partir ! et pourtant…
Contalyre

Sélection Prix littéraire de la citoyenneté
Illustration de Cédric Philippe

TRUFFE ET MACHIN
Emile Cucherousset, illustrations de Camille Jourdy (Petite Polynie)


Non Truffe! les lucioles ne sont pas des idées lumineuses qui ont pris corps mais bien de petits insectes de l'ordre des coléoptères produisant une lumière jaune verdâtre !
Mais Truffe et Machin, emportés dans leur quête par leur imaginaire traversant bois et fourrés bien décidés à retrouver l'idée perdue qui pourrait combattre l'ennui qui les poursuit, feraient bien la confusion ! ça brille c'est donc ma belle idée envolée...
Retrouver l'idée perdue, c'est la première aventure savoureuse de Truffe et Machin suivie de 2 autres dont on vous laisse le plaisir de la découverte écrites par Emile Cucherousset dont le style enlevé est semé de notes d'humour. C'est un regard bienveillant et parfois gentiment moqueur qui est ici porté sur l'enfance de deux lapins jamais bien loin du giron maternel: Truffe et Machin. Les deux compères cheminent entre bêtises et idées saugrenues dans un univers aquarellé par Camille Jourdy, l'illustratrice. De belles illustrations double-page qui servent l'aventure autant que le texte.
Petite polynie: une bien jolie collection qu'il sera bon de mettre dans les mains des lecteurs de 6 ans et plus.
Lecturecube: le blog jeunesse de la Médiathèque du Marsan

Illustration de Camille Jourdy
Deux frères lapins cherchent à quoi ils pourraient jouer. Ou, pour être exacte, quelle bêtise ils pourraient bien faire. Mais, Machin vient de faire perdre son idée à Truffe. Comment la retrouver, elle était pourtant lumineuse. Voilà donc la solution, puisqu’elle brille, elle sera plus facile à trouver…
Puis c’est leur ombre que les deux frères veulent attraper, difficile, mais le hasard fait bien les choses. Avec un peu d’astuce en plus, voici les ombres enfermées. Mais comment échapper à leur colère maintenant ?
Contalyre


Entre jeux d'enfants et idées saugrenues, Emile Cucherousset nous fait découvrir avec un style vif et plein d'humour le petit monde de deux lapins jamais bien loin de leur maman et de leur terrier. Un univers tout en douceur et en couleurs que les illustrations de Camille Jourdy complètent à merveille, faisant partie intégrante des histoires. On se laisse emporter dans ces petits bouts de vie plein de fantaisie et de bonheur. Une première lecture sans doute plus exigeante que les autres, mais qui ravira les amateurs d'histoires tendres et colorées.

Babelio, Anarya

Deux lapins coquins
Truffe et machin sont deux petits lapins, des frères, qui accumulent les bêtises. Les Pierre et Jeannot du XXIe siècle, pourrait-on dire. Ce petit bouquin destiné aux sept ans et plus raconte trois de leurs aventures rocambolesques : Retrouver l’idée perdue, Attraper son ombre, Chercher ses dents. Le tout est habilement transposé en images et en couleurs par Camille Jourdy. Un bien joli livre.
Métro, Sélection Pour lire tout l’été

Deux frères lapins, Truffe et Machin, avides d’aventures…
Trois histoires courtes à l’imagination foisonnante telle que : « Retrouver l’idée perdue, Attraper son ombre et chercher ses dents. »
Le sujet de la première histoire : ne pas savoir ce qu’on cherche quand on doit le retrouver c’est tout de même compliqué !
Eh bien, cela n’empêche pas les deux frères lapins de partir à la recherche de la fameuse idée de Truffe qui ne sait pas la décrire mais qui va la conduire avec Machin au cœur de la forêt…
« – Au fait, Truffe, ça ressemble à quoi ce qu’on cherche ?
– J’en ai pas la moindre idée.
– Non, parce que faudrait peut-être savoir si ce qu’on poursuit est rond ou carré… »
Bref c’est drôle, poétique et très inventif, sans oublier la finesse et les couleurs des illustrations de Camille Joudry, on tombe sous le charme.
Les enfants, dès 7 ans, vont se régaler autant que leurs parents.
A quand les prochaines aventures de Truffe et Machin ? On en redemande ! Une très belle découverte.
Coup de cœur, Médiathécaires

La collection POLYNIES vise les jeunes de 7 à 12 ans. Elle va permettre aux jeunes lecteurs de découvrir des contrées peuplées de personnages orignaux qui vont vivre des aventures et nourrir leur imaginaire. Ces histoires, imaginées et illustrées, par « des auteurs et illustrateurs qui ont décidé d’habiter sur ces terres givrées » :
Des histoires savoureuses dans la langue, les expressions, l’humour, les illustrations. Les différents niveaux de lecture permettent aux « enfants » de tout âge d’y prendre un grand plaisir, mais aussi d’éveiller des réflexions sur notre société (La petite épopée des pions) ou sur les expressions que nous utilisons sans porter attention à l’interprétation qui peut en être faite, le sens propre et le sens figuré… (Truffe et Machin). Ces voyages en imaginaire nous emmènent loin si on veut bien garder son âme d’enfant.
Contalyre

jeudi 24 mai 2018

©Hélène Rajcak
VENDREDI OU LES AUTRES JOURS
de Gilles Barraqué
Illustrations d'Hélène Rajcak
En librairie ce jour



Sept jours d’immobilité totale à fixer des tiges de bambou. Vendredi est atteint d’un mal qui le ronge, les yeux dans le vague et le vague à l’âme. Son fichu barbu de Robinson lui a bien préparé une cuisse dorée de crucru, rare comme un coffre rempli d’or, Vendredi n’a pas daigné ouvrir la bouche. Pas plus pour jouer un de ces fameux airs de flûte. C’est désormais une question de vie ou de mort pour ce bougre de sauvageon.
Pourtant, sur leur île déserte, on s’y connait question belle vie. On joue au crabe-caillou sur la plage toute la journée, avant de mimer la chèvre, Mêêê, et de savourer des oreilles de cochon grillées, Uïïk Cuic. Mais, ça, c’était la vie des autres jours.
Alors, quand les voiles blanches d’un navire battent à l’horizon, certainement pour les conduire loin de leur caillou perdu, Robinson pressent l’heure d’une sacrée récréation. Il ne s’agit plus de partir mais d’arriver. Et si finalement des cannibales débarquent, amicalement parés de colliers de molaires, Vendredi se bougera peut-être. Le monde ne sera pas perdu.




mardi 22 mai 2018

DESSERTS DU JOUR PAR LE CHEF BARRAQUÉ

Tarte aux phrases


© Gilles Barraqué
Ou

Gâteau de patates douces au miel

— Alors je voudrais préparer mon célèbre gâteau de patates douces au miel.
— Miam-miam ! fit Vendredi qui en raffolait.
— J’ai tous les ingrédients ; les patates, le miel, les œufs de pigeonneau des bois, les baies de micocoulier… Tous sauf un : le lait. Bon, tu sais comment on s’en procure, hein… Je me disais donc, pour une fois, si je préparais mon célèbre gâteau sans lait ?

Vendredi ou les autres jours
Gilles Barraqué, illustrations d'Hélène Rajcak
Collection Polynie

vendredi 18 mai 2018

OUVRIR LES ESPACES
Rencontre avec Hélène Rajcak, illustratrice de Vendredi ou les autres jours. Découvertes et naissance d'un geste, apparitions d'animaux, libération des lieux et des personnages : l'art en libertés


PREMIER GESTE, PIEDS NUS
Je crois que j’ai toujours aimé dessiner et peindre. J’ai une photo de moi à la crèche, pieds nus, debout face à mon chevalet, pinceau à la main, en pleine action de peinture. Je n’ai pas le souvenir de ce moment, ni du premier dessin. Mes souvenirs remontent à l’école maternelle où je me souviens de l’attention que je mettais à dessiner un sapin avec toutes ses épines.
Vue de la maison de Bill, Lettes Bay, Tasmanie, 22 X 15 cm, 2016 ©Hélène Rajcak
Roches, croquis, 11 X 15 cm, 2013 ©Hélène Rajcak

LE MÉTIER DE DESSINER
Très jeune, j’ai pu faire des études artistiques. Dès le lycée, j’ai étudié les arts appliqués à l’école Estienne. J’y ai découvert les métiers du livre : édition, impression, reliure, graphisme, typographie, illustration et gravure. Je me suis spécialisée en gravure, technique qui m’a fait découvrir les subtilités des nuances de noir et de blanc, les qualités d’un trait, l’importance de la matière du papier et de l’encre. J’ai poursuivi mes études en illustration aux Arts Déco de Paris avec l’idée que cette formation me permettrait de faire du dessin, un métier. Une fois diplômée, j’ai commencé à travailler comme illustratrice pour la presse et l’édition jeunesse. En parallèle, a commencé une collaboration avec Damien Laverdunt. Ensemble nous réalisons des livres documentaires, des cahiers d’activités et des albums jeunesse. Ce travail d’auteur en duo qui évolue de livre en livre est riche et permet de se lancer dans des projets difficiles à mener seul.
De retour, gouache sur papier, 12 X 16 cm, 2014 ©Hélène Rajcak

CONVERSATIONS AVEC LES ANIMAUX INVISIBLES
C’est vrai que la plupart des livres réalisés avec Damien traitent principalement des animaux, avec différents points de vue, du documentaire à la fiction. Si les animaux sont bien le sujet, ce qui nous intéresse, c’est d’apporter un regard différent, de tenter de changer le rapport que nous avons aux animaux. Par le documentaire, nous avons abordé la question de la responsabilité de l’homme dans la disparition des espèces, celle de la frontière entre réel et imaginaire et celle de rendre visible des animaux invisibles. A travers les albums, c’est toute une fantaisie et un humour que nous donnons à des animaux très peu représentés dans les livres pour enfants. Il s’agit là aussi de changer le regard sur ce qui nous entoure.
J’ai bien sûr personnellement un intérêt et un attachement pour les animaux que j’aime observer, dessiner, et avec lesquels j’aimerais parfois pouvoir converser.

Chèvre blanche, croquis, 11 X 15 cm, 2015 ©Hélène Rajcak
UNE PORTE VERS L’IMAGINAIRE
La lecture de Vendredi ou les autres jours m’a beaucoup réjouie. J’étais très contente de retrouver Robinson et Vendredi. Le texte m’a rappelé des souvenirs d’enfance quand j’imaginais que, plus grande, je pourrais vivre dans la nature, fabriquer une cabane, me procurer ma nourriture et être très bien organisée hors du monde des humains. Le Robinson de Michel Tournier est seul, et, malgré la rencontre avec Vendredi, il vit une expérience philosophique qui lui fait renoncer à sa vie d’homme « civilisé » pour atteindre la vie au présent. Dans le texte de Gilles Barraqué, Robinson et Vendredi ont déjà passé ce cap et vivent en parfaite harmonie sur leur île « pas si déserte » puisqu’ils ont fréquemment de la visite. Il n’y a donc pas de peur de la solitude, juste une joyeuse vie d’inventions, de jeux, de ruses, de dégustation. Mes illustrations ouvrent les chapitres. Elles doivent interroger et susciter la curiosité du lecteur, se révéler une fois le texte lu et si possible, le faire sourire.
Dans mon travail d’illustration, il me semble important que l’image soit une porte vers l’imaginaire. Cet accès peut prendre des formes très différentes. Des peintures jouant sur d’étonnants jeux de couleur, des images oniriques, des dessins fourmillant de détails et parfois même, des illustrations scientifiques peuvent nous entraîner vers des rêveries, des élucubrations, des mondes inconnus.
La liseuse, gouache sur papier, 12 X 16 cm, 2014 ©Hélène Rajcak


vendredi 11 mai 2018

Quand Pensez-vous ?
Seconde partie de la rencontre avec Gilles Barraqué autour de Vendredi ou les autres jours
© Hélène Rajcak


DÉSORDRE EN COMPAGNIE(S)
On pourrait lire dans ce petit livre un refus du monde, un rejet de l’autre… Nuance : ici, Robinson et Vendredi ne chassent pas l’autre en tant qu’autre. Ils ne rejettent pas le monde, mais un monde et ses vicissitudes. Ils font le choix d’une vie en marge, mais cette marge est perméable : elle fonctionne davantage en filtre qu’en digue – et une marge s’inscrit de fait dans une page, soit dans une aire commune.
Si on décline ce qu’ils rejettent, au gré des intrusions sur île : la barbarie (les cannibales) ; l’intolérance et l’endoctrinement (le missionnaire) ; le pouvoir de l’argent, l’enrichissement (le trésor du pirate) ; le grégarisme, voire le communautarisme (les lions de mer) – bien que ce soit ici plus diffus. Remarques : 1), ils le font sans violence, et le plus souvent par le jeu (pantomime pour les cannibales, détournement du trésor à des fins ludiques, Vendredi qui joue un air de flûte aux lions de mer) ; 2), parmi ces intrus, ils cooptent des partenaires, qu’ils incluent dans leur monde et ses règles (les pirates, acteurs d’un théâtre, et le capitane McClure à la dernière nouvelle – la chanson de marins qui suit n’étant qu’une saynète « bonus »).
Cette nouvelle finale agit justement en correctif relativement à l’idée de refus du monde, de rejet de l’autre. Les compères ont trouvé, avec ravissement, un autre compère. « Le monde n’est pas perdu », en conclut Robinson (donc, ils s’incluent dans le monde, et leur île/bulle est bien perméable). On notera que ledit compère est un militaire, représentant l’ordre établi, a priori peu susceptible d’entrer dans le jeu. S’il y avait une morale (parlons plutôt d’une lecture) : à chacun est laissé la liberté de choisir son rapport au monde, son ordre du monde. Ce choix n’est pas forcément exclusif ; on a aussi la latitude d’être paradoxal et d’évoluer d’un ordre à l’autre (comme McClure).


© Helène Rajcak


AU TEMPS DU ROMAN COMPOSÉ
À la nouvelle d’entame qui pose l’humeur, les personnages et le contexte, répond, en écho, la dernière nouvelle (mêmes circonstances de l’arrivée du bateau anglais). J’ai cherché là un effet de boucle ou de parenthèses.
J’ai aussi installé une stricte alternance des nouvelles sur un mode binaire dehors/dedans : une intrusion dans l’île / une problématique « domestique » (les petites ou grandes affaires de Robinson et Vendredi dans l’île). Ceci pour créer un mouvement interne (au livre) et rompre un éventuel confinement.
Autre aspect « technique » : à l’écriture, j’ai voulu produire un effet de friction entre le narratif et les dialogues, soit, par extension, entre le contexte au sens large et les personnages, qui sont un peu des entremetteurs vis-à-vis du lecteur. Le narratif est un rien classicisant (et distancié), pour s’accorder à la fois au contexte d’époque et à l’inscription littéraire. Les dialogues sont de tonalité familière, plus actuelle, directe, pour combattre la distanciation, le référencement du narratif, et toucher une audience d’aujourd’hui. Mon vœu est qu’au-delà de la légère exigence du texte, un jeune lecteur s’y retrouve, tant dans l’approche ludique que dans la définition des personnages et leur mode d’expression.
Quant au principe d’ensemble, il est aux fils tirés d’une nouvelle à l’autre, à un tissage aéré tout du long. Piocher un élément dans un épisode, l’intégrer un peu plus loin… Dans cette évolutivité, au coup par coup, et par compilation, il y a le bâti lointain d’une trame, l’esquisse d’un mouvement romanesque. Mais, recueil ou roman, la classification de genre n’a pour moi pas d’importance. J’espère seulement que le tout trouve sa cohérence formelle, et qu’il suscite un simple plaisir de lecture, au premier abord, sans qu’il soit nécessaire de décrypter les aspects souterrains, d’entrevoir les soubassements de construction.


© Helène Rajcak

LE GRAND VOYAGE
L’écriture a une vocation de transmission. Si on transmet quelques valeurs, intentionnellement ou non, ce n’est sûrement pas l’essentiel : un livre est avant tout une incitation au grand voyage de la lecture, tous azimuts, un renvoi aux autres livres. Nous, les auteurs, ne faisons que baliser un chemin à l’usage du lecteur promeneur. Quel que soit l’âge de celui-ci, au fond ; mais cette vocation de transmission prend évidemment plus de sens en « jeunesse ».
Sur cette notion de transmission, de lignage, deux mots-clefs : humilité et prétention.
L’humilité ? Celle d’admettre qu’en écrivant, on n’invente jamais rien, ou si peu. Après assimilation, on recompose, et on accommode à sa sauce ce que d’autres ont précédemment composé, recomposé et accommodé. On écrit toujours depuis d’autres livres, au sens temporel et à celui du lieu. Le lignage est seulement plus ou moins patent, perceptible… Pour prendre l’exemple de Robinson, appliqué à des œuvres célèbres : Johann David Wyss (auteur du Robinson suisse), Jules Verne (L’île mystérieuse), William Golding (Sa Majesté des mouches), H. G. Wells (L’île du docteur Moreau), Michael Morpurgo (Le royaume de Kensuké)Tournier ont écrit leur livre depuis celui de Defoe. Ils en apportent chacun une variation, une extension, à des degrés divers.
Quant à la prétention… Il en faut à un petit auteur français, dans sa marge de la littérature « jeunesse », pour décider de s’inscrire dans de tels lignages. « Voici quelle est ma variation de Pinocchio, de La disparition, des Exercices de style, de Robinson, etc. Qu’en pensez-vous ? ». Seules justifications : l’ingénuité, le bon plaisir à l’écriture, la foi dans les rêves et l’absorption dans leur accomplissement.


© Hélène Rajcak


Première partie, La règle du jeu