mercredi 17 octobre 2018


JOURS SPÉCIAUX


MENTION SPÉCIALE PRIX VENDREDI

MILLY VODOVIĆ DE NASTASIA RUGANI

Roman salué « pour sa langue et son ambition littéraire »





lundi 8 octobre 2018

AU SUJET DE MILLY VODOVIĆ
Nastasia Rugani


Couverture de Jeanne Macaigne

Sélection Prix Vendredi





« Les mots se glissent, chaque fois de la même façon, entre les veines et les nerfs. Ils sillonnent les organes et s’infiltrent dans les fissures les plus intimes. Leur cruauté n’épargne aucune cellule. » Almaz Vodović, le frère de Milly, a été assassiné, sans que l’on trouve le coupable. Y a-t-il un lien entre le drame social et cette auteure, convaincue d’avoir donné vie à ses personnages ? À mesure que les lecteurs se perdent dans un récit aux frontières du rêve, l’héroïne tâtonne elle aussi entre fiction et réalité. L’auteure de Tous les héros s’appellent Phénix élabore un ovni littéraire et poétique. Son titre vient enrichir l’ambitieuse collection Polynies chez MeMo.
Coup de cœur, Bibliotheca n°3

L'un des textes les plus littéraires de cette rentrée est certainement Milly Vodovic de Nastasia Rugani (..). La violence contemporaine est abordée frontalement tout en y mêlant des phénomènes subtilement étranges.
Raphaële Botte, Livres Hebdo


Rentrez 2018, Sélection de Guénaël Boutouillet


Wouah !!!!
Quel choc !
Et quelle écriture !
J'avais déjà adoré son écriture pour "Tous les héros s'appellent Phénix" (EDL) mais là, j'invite vraiment tout le monde à découvrir la force de la plume de Nastasia Rugani. C'est beau, c'est fort, c'est sans concession aucune. C'est tout ce qu'on peut attendre de ce qu'est devenue la littérature ado depuis quelques années !
J'ai adoré ! Pas la peine de vous raconter de quoi ça parle, faites-moi juste confiance. Ce texte est un bijou.
Amis libraires lisez ce texte car il a besoin de nous !
Librairie M’Livre

Milly Vodović est cachée derrière un arbre, la colère monte telle la petite bête, sauf que contrairement à la comptine ce ne sont pas des guiliguilis qui guettent son adversaire… Son frère ainé, Almaz, apeuré dans son champ de vision est face à Swan Cooper, une arme à la main. Prise d’une rage, d’une hargne folle, (dois-je vous préciser qu’elle a 12 ans ?!) Milly surnommée Milk, court, fonce dans Swan lui cassant le bras et le nez, pour sauver son frère couché à terre, dans la boue. Vexé, Almaz, 17 ans (tu m’étonnes), ne lui pardonnera pas, jamais… Mais peut importe, Milly au caractère rude, se sent pousser des ailes, voire indestructible désormais. Mais se sentira-t-elle si sûre d’elle quand les coccinelles envahiront la ville, que certains démons se réveillerons ?
Milly Vodovic est juste IN-CROY-ABLE (le bouquin ET le personnage) !
En tant que terrienne (au sens villageoise) si j’avais lu ce roman à 15 ans il m’aurait fait non seulement aimer davantage la littérature (c’est certain); mais m’aurait surtout fait me sentir moins seule, m’aurait donné plus de courage aussi pour affronter la vie d’adulte qui se profilait devant moi. Tout comme le personnage de Milly, le roman en lui-même est impressionnament magique ! Il donne du sens… Entre roman d’aventures et fable, l’histoire de Milly est captivante ! Zestée d’amitiés – parsemée de larmes – agrémentée de fantômes, elle nous rentre dans l’lard et nous met face à nos propres démons (Qui n’en a pas ?!) Entre rêve et réalité, saurez-vous les dompter jusqu’au bout ?
Milly Vodovic parle des possibles, d’injustice, des rêves, éveille rébellion et folie douce… Oui, tout ça !
Mel, La soupe de l’espace, Énorme coup de coeur




L’histoire de Milly pourrait arriver en tout temps, en tout lieu et à tout être humain, mais elle est aussi unique et habitée. Ce n’est pas un roman qui se dit, mais un qui se vit. Un roman que j’ai beaucoup aimé alors même qu’il a fait saigner mon âme.
Et puis, comment ne pas être emporté par l’écriture fougueuse, parfois même féroce, onirique, vivante et vibrante de Nastasia Rugani; comment ne pas être séduit par l’animalité de ses personnages ?
Tout particulièrement, par celle de notre héroïne, Milly, petite fille énergique “aux cheveux d’un noir féroce” et aux genoux toujours égratignés. Elle qui ne veut pas grandir, elle qui refuse l’entrée dans un monde adulte fait de fausses apparences, de mensonges, de brutalité et d’obligations, elle qui aimerait juste continuer à dévaler les sentiers pied-nus et échevelée, se régaler de glaces à l’eau, rêver, s’émerveiller et aimer tout et tout le monde. Mais peut-on arrêter l’inéluctable ? Petite Milly, la vie est parfois brutalement injuste, et la noirceur du monde nous rattrape quand bien même nous refusons de nous laisser prendre. Oui vraiment, ce petit personnage m’a séduit par sa pugnacité, son amour, son innocence.
Je trouve que Nastasia Rugani éveille notre sensibilité littéraire, dans son roman, comme dans une tragédie grecque où cohabitent dure réalité et mysticisme, il y a quelque chose d’animal qui puise sa force dans la terre pour ensuite nous élever. Cette histoire nous révolte, nous attriste, nous attendrit aussi, elle nous pousse à réfléchir à nos actions, à nos mots, à célébrer le moment présent, à nous ouvrir aux autres et à de nouveaux lendemains et nous rappelle que ici et partout le non-dit et l’ignorance mènent parfois à la souffrance.
Petite Fleur Love Books


« Le grand livre de la littérature ados de la rentrée. C’est un livre qui m’a vraiment touché en plein cœur, qui m’a vraiment fait revenir à mes lectures d’adolescents quand j’avais lu Le cœur est un chasseur solitaire, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee. C’est un roman magnifiquement écrit, extrêmement touchant, une magnifique tragédie. »
Gwendal Oules sur France Bleue


Rarement un roman pour adolescents ne m'avait fait cet effet et c'est peu dire.
Le premier de la collection Grande Polynie aux éditions MeMo fait fort.
La beauté de la langue, sa fougue, sa force, sa plénitude, sa justesse, sa cruauté, comme jamais je n'en ai lu. 
J'ai mis du temps à le lire, pour en savourer chaque recoin, chaque parcelle tant cette langue maniée avec autant d'ardeur vous cueille à chaque phrase. Le nombre de passages que  j'ai relus et relus, comme subjuguée et éblouie ! 
Subjuguée et éblouie, je l'ai été aussi par cette histoire étrange, entre rêve et réalité, dont la fin nous donne en quelques pages la réponse. Quelle maîtrise ! Jusqu'au bout, je me suis laissée emporter par ce récit et par ses personnages si touchants, si troublants, si bouleversants.
Milly d'abord, ce petit bout de fille qui refuse de grandir et qui navigue entre deux sexes, en permanence. Un nouveau Peter Pan ? Oh comme je l'ai aimée dans tout ce qu'elle fait, dans sa rigueur d'âme, sa faculté à percer les autres à jour, à communier avec la nature, un être à part entière qui vit la vie avec rage et bonheur mêlés.
Et puis il y a Douglas et Swan, les deux copains à la vie à la mort. Portant une ambivalence entre cruauté et attendrissement.
Almaz et Tarek, frères de sang, respectivement frère et cousin.
Et Deda son oncle et sa mère Petra, traumatisés à vie par le conflit bosniaque.
La mère mourante de Swan dont on perçoit le rôle essentiel dans l'histoire.
Et d'autres personnages entre onirisme et imaginaire.
Ce roman, c'est un kaléidoscope d'émotions tristes, mélancoliques, nostalgiques dans un écrin de langue superbe. Je l'ai lu avec un immense pincement au cœur mais aussi avec un élan de vie plus fort que la mort. 
Je suis très contente qu'on ose proposer aujourd'hui aux adolescents ce roman à la richesse indéniable, tant sur le fonds que la forme !
La couverture de Jeanne Macaigne en révèle toute la splendeur énigmatique.
Un roman incroyable avec la plume magnifique de Nastasia Rugani et sa mise en abyme.
Méli-Mélo de livres


Cela fait plusieurs semaines que je cherche les « bons » mots pour dire l'émotion transmise par ce roman. Je l'ai gardé dans mon sac plusieurs jours après l'avoir terminé, comme si cette "Milly Vodović" ne pouvait se reposer tranquillement sur un coin de table ou une étagère. Aujourd'hui, j'ai juste envie de dire que j'ai été subjuguée par l'histoire, les personnages et l'écriture. Depuis, pour ne pas quitter l'univers, comme un film ou une chanson qui te colle à la peau, je lis les écrits de Nastasia Rugani sur le blog "Nouvelles de Polynies" ! C'est un roman à défendre, à accompagner, il va avoir besoin de nous parce qu’il n’est pas « chaise longue » et c’est tant mieux… C’est un livre à lire dès l’adolescence ! Grandiose.
Librairie Floury Frères, Chloë





HAUTEMENT LITTÉRAIRE
BOULEVERSANT
PERCUTANT
À lire dès 15 ans... et sans autres considérations d'âge !!
"Adultes" : ce livre est aussi écrit pour vous.
Comme un  roman, Florent M. 


Une famille musulmane d’ex-Yougoslavie aux prises avec les petits blancs de Birdtown : La vie de Milk n’est pas rose, mais peuplée d’étranges créatures. Un incroyable roman avec des personnages baroques, écrit dans une langue puissamment poétique et originale
Les buveurs d’encre




Ça y est, elle a poussé la porte de la librairie #millyvodović . Elle est entrée, lumineuse et révoltée, et s'est installée sur la table, farouche et volontaire. Des textes comme celui là, il y en a peu. Des qui vous attrapent aux tripes, au coeur et aux méninges en même temps, comme ça l'air de rien, c'est rare. En lisant vos mots Nastasia Rugani, j'avais 7 ans, 16 ans, 28 ans, 45 ans, 62 ans et plus encore, ou moins peut être. Tout est beau dans ce livre, les gens, les mots, la sublime couverture de Jeanne Macaigne, l'histoire, le monde autour et les coccinelles. J'y ai croisé #carsonmccullers et #murakami aussi. J'ai fait un voyage humain et littéraire hors du commun. Elle vaut la rencontre cette Milly Vodović, vraiment.
Librairie Lucioles, Mélinda Quillet

"Cette fille est assurément une hallucination. Même son visage cuivré, sous la lune rose, rappelle les souterrains ornés de joyaux, où se déroulaient les contes de son enfance. Toutes ces créatures célestes et ces monstres d'outre-tombe, dans ses yeux à elle. À dire vrai, elle ressemble surtout aux lucioles du jardin de sa grand-mère. Insolites et éclatantes de couleurs, des couleurs impossibles à délaver." ~ Cette fille, c'est Milly Vodović, 12 ans, fille d'immigrés vivant dans un quartier pauvre et subissant le racisme post-septembre 2001. Un électron libre, qui se sent invincible après avoir cassé le nez et le bras du garçon qui menaçait son frère. Mais personne n'est à l'abri du malheur, et Milly va en faire les frais ... Un roman absolument splendide et envoûtant, magnifiquement écrit, avec un personnage principal tout simplement inoubliable et une pointe de fantastique qui fait toujours hésiter entre le songe et la réalité. Un texte marquant et captivant qui parle d'injustice, de rêves d'avenir et invite à la rébellion.
C'est assurément un des grands romans ado (et adulte !) de la rentrée, de ceux qui vous font aimer la littérature.
Des livres et vous


Ce livre est époustouflant, étonnant, curieux, questionnant, déflagrant, profond ... Bref. J'ai É N O R M É M E N T aimé ce moment de lecture
♥♥♥
Vous l'avez lu?
Et quelle couverture, non?
♡♡♡
Librophoros, Claire


Lire MILLY VODOVIĆ
Déguster chaque phrase, vivante, parfumée
Plonger dans la tendresse, se faire égratigner par les ronces
Nastasia Rugani, virtuose des mots
Balad'en page


Un roman percutant et prenant dans un univers noir marqué par la violence, mais avec des moments bouleversants de tendresse grâce à cette Milly, cette fillette qui est tellement attachante par les liens qu’elle crée autour d’elle, mais qui face au monde qu’elle découvre ne voudrait plus grandir.
Un roman riche par la complexité de ses personnages, par la musicalité de son écriture, de par la variété des thèmes abordés : le racisme, l’absurdité de la guerre qui détruit ceux qui la subisse, mais aussi ceux qui la font, l’innocence que l’on tue, le jeu entre fiction et réalité, le pouvoir de l’écrivain…
Un roman qui fait appel à tous nos sens pour nous plonger dans cette atmosphère lourde du sud dans laquelle toutes les tensions sont exacerbées.
Opalivres, Coup de cœur


Coup de cœur
Comment ne pas vous parler du dernier livre de Nastasia Rugani ? C’est la découverte d’une écriture fabuleuse, sensitive et magnétique. "Milly Vodović" est un roman intense où on retient son souffle face à la subtilité et la richesse d’une langue fulgurante.
Milly est une jeune fille intrépide et fougueuse, éprise de liberté, qui trouve refuge dans une nature onirique et foisonnante pour échapper à la bêtise et la violence crasse des hommes. Tout est explosion des sens, ressenti à fleur de peau. L’auteure fait naître des images, des sons, des émotions avec une palette de mots qui piquent, écorchent, réchauffent, enivrent tout en faisant fleurir des coccinelles par millier. Un texte envoûtant d’une grande beauté, il se savoure et s’apprivoise, une pépite inoubliable.
Librairie Lise&moi


D’abord cette couverture à l’attraction mystérieuse. Illustrations incandescentes. Fond noir aspirant. Abîme. Espace sans limite. Puis la scène d’ouverture, glaçante, scellée par l’audace animale – instinctive – de Milly, douze ans. Le rutilant révolver de Swan braqué sur Almaz son frère, à terre. La fureur de Milly, qui s’élève et cogne, gestes téméraires sous  son armure de garçon. Elle aura sauvé son frangin, cette fois-ci… la deuxième sera funèbre. Ce roman fascinant est si foisonnant si puissant qu’il m’est impossible d’en raconter l’histoire. Mais des mots me viennent désordonnés embroussaillés, des mots à écouter, des mots qui valsent : dedans, dehors, regard sur soi, vue sur le monde, grâce, éclat, profondeur, mise en abîme, pureté, eau, fraîcheur, l’enfance qui s’enfonce, la femme qui se dessine, les flammes,  la guerre, chaleur, sécheresse, passé, mémoire, Amérique, Bosnie, racisme, méfiance, à jamais l’étrange étranger, singulière fillette, un entre-deux flottant, un territoire à inventer, un livre qui s’écrit, monstres et fantômes, êtres de papier, des vivants et des morts, nature luxuriante, plantes généreuses, coccinelles envahissantes, luttes adolescentes, tour à tour brûlantes dévorantes étouffantes et croupissantes, Daisy la romancière condamnée, Petra la mère qui se tait, le père disparu, chagrins et douleurs, illusions, haïr, adorer, amour naissant, du piquant du mordant, connaissance, imagination, des mots qui font sens, des sentiments qui écorchent, des sensations qui saisissent, des fleurs qui s’ouvrent, d’autres qui se fanent et pâlissent,  avancer, semer, observer, affirmer, grandir, donner, recevoir, dépasser, brusquer, discerner, comprendre, Birdtown les plaines rouges, une terre poisseuse des humains englués, un monde qui pique et qui saigne, à réparer à caresser, Milly si petite et si forte, si douce et si tenace, si lumineuse et si mélancolique, si féminine et si masculine…  entraînée dans l’histoire qu’elle fait déborder…
Un roman ardent, une écriture déferlante, des personnages denses, une atmosphère ensorcelante, une écrivaine éblouissante.
Les mots de la fin


(...) Je découvre ici Natasia Rugani. Et c’est grâce à elle, que je croise la route de Milly Vodovic. Cette petite d’à peine plus de douze ans, porte déjà le lourd bagage du passé sur les épaules. Sa famille, des immigrés bosniaques sont bien loin de rouler sur l’or. Et elle, on la sent aussi paumée qu’une petite fille abandonnée tant elle est restée coincée dans l’enfance, et paradoxalement, elle a la hargne, la rage et la force d’un vieux soldat après-guerre.
Les premiers mots, la première scène plante le décor : Milly défend son frère, bien que plus âgé, face à un camarade armé et violent mettant toute forme de peur de côté. On le comprend très vite. Elle est différente. C’est à travers elle que le roman montre son engagement face aux injustices sociales. Au fur et à mesure, alors que l’on croise une écrivaine très spéciale, une drôle d’ambiance s’installe, des événements étranges commencent à se produire, des coccinelles débarquent. On se perd alors entre rêve et réalité, le tout appuyé par une écriture volontairement floue et énigmatique. 
Comme quoi les rencontres les plus étranges, sont parfois les meilleures !
(P)liées, Julie


(...) Ecouter Nastasia Rugani conter MILLY VODOVIĆ avec sa voix singulière, intime, hypnotisante.
Regarder Nastasia Rugani dessiner MILLY VODOVIĆ avec ses mains, ses mots, sa mémoire.
Suivre Nastasia Rugani = dans un monde étrangement réel et réellement étrange, quelque part à la lisière d’un rêve qui ne finit pas, à la frontière de la réalité teintée d’onirisme.
Lire Nastasia Rugani.
S’imprégner de la chaleur humaine. Se figer dans la glace de la cruauté.
Se réjouir dans la lumière de l’espoir. Ramper dans les ténèbres de l’âme.
Guérir ses blessures en redevenant enfant. Se faire griffer par les épines de l’adolescence.
Se couvrir d’une promesse qui ne déçoit pas. Se dévêtir des nombreuses couches de l’hypocrisie.
Saigner. Se salir. Se redécouvrir. Se comprendre. Se construire. Se reconnaître. S’ouvrir. Rester soi-même. Vivre.
Lire Nastasia Rugani – c’est partir loin et rester à l’intérieur de soi-même. C’est découvrir une nouvelle dimension, hautement littéraire, humaine et poétique, composée de myriades de miroirs qui nous renvoient des milliers de reflets, tristes, heureux, poignants, choquants… Mais c’est aussi entrevoir le grand pouvoir de l’écrivain à une ampleur insoupçonnée… Percevoir le mystique de la création.
Comment parler de MILLY VODOVIĆ ?
Les pensées s’entrechoquent, les mots se cramponnent à la respiration et meurent avant de sortir étouffés par une émotion forte, omniprésente.
Nastasia Rugani. Une plume magnifiquement vivante, puissante, époustouflante.
Une écriture de virtuose qui laisse sans voix.
Une écriture « du côté de la vie ». Une lecture sans « frontière ni âge ».
Balad'en page, Andrea

Un récit poétique qui évoque la vie difficile d’une adolescente d’origine bosniaque aux Etats-Unis.
Voici un livre qui ne se laisse pas attraper si facilement. Il est du côté du mystère, de l’enfance et de la poésie. Il fait surgir des mondes, des images, des personnages, des émotions, sa lecture est une singulière aventure, mais l’histoire qu’il raconte échappe parfois. Qui l’écrit, d’ailleurs ? L’auteure ou la femme écrivain qu’elle met en scène ? Le fil d’Ariane de ce texte aux multiples chemins est une « étrange petite personne d’une douzaine d’années », Milly Vodovic, une gamine aux cheveux « d’un noir féroce, trop courts, mal coupés », animale, guerrière, courageuse.
D’origine bosniaque, elle vit dans le sud des Etats-Unis, en 2008, peu après le 11 Septembre, quand les musulmans étaient vite assimilés à des terroristes. Milly, qui n’a jamais vu la Bosnie et se sent rejetée dans le pays où elle vit, a construit son propre territoire, enchanté, proche de la nature, elle parle aux fleurs et aux animaux et croit aux monstres cachés dans la nuit. Imprégné des auteurs du Sud, Flannery O’Connor ou Carson McCullers, le livre flirte avec le fantastique, réel et imaginaire se mêlent intimement. La mort est omniprésente, et la forme de la tragédie s’impose. Le roman pourtant, par la richesse de sa langue, est d’une beauté lumineuse.
Télérama, Michel Abescat, TT

mardi 25 septembre 2018

RESPIRER AVEC JEANNE MACAIGNE
Rencontre avec Jeanne Macaigne, illustratrice-compositrice d’albums (L’hiver d’Isabelle et Les coiffeurs des étoiles, éditions MeMo) et de la couverture de Milly Vodović de Nastasia Rugani (Grande Polynie)


©Jeanne Macaigne

ÉCRIRE LE DESSIN, DESSINER L’ÉCRITURE
J’ai toujours beaucoup aimé dessiner et écrire, l’un entraînant l’autre. Je bricolais des collages avec des images glanées par-ci par-là et des mots installés çà et là comme des poèmes. J’ai commencé mes études par deux ans de lettres. Je continuais à dessiner et derrière il y avait toujours des mots et des phrases animées d'images. Mon cursus en image imprimée aux arts déco m’a permis de raconter mes histoires sur différents supports. J’ai pu explorer différentes formes narratives, grâce aux techniques de l’image.
En fait, je ne sais plus trop quel a été le premier de l’écriture ou du dessin. Les deux s’alimentent en flux continu. Parfois l’un s’efface pour laisser la place à l’autre et vice-et-versa. Dans le territoire d’un album, j’aime que le texte soit court, poétique, qu’il soit là mais en laissant sa place à l’image. Il faut qu’il y ait un équilibre pour susciter une musicalité commune. J’écris le texte en l’accompagnant de croquis. Quand j’ai suffisamment avancé, je le mets de côté, je commence à dessiner, puis je le retravaille.


©Jeanne Macaigne

EN ÉCHAPPÉES
Je m’intéresse aux rapports étranges qu’entretiennent les humains entre eux et avec le monde qui les entoure. Le dessin notamment permet de laisser entrevoir les sentiments ou l’imperceptible. Je fais en sorte que mes personnages évoluent dans des espaces qui vivent et les accompagnent et qui sont eux aussi acteurs et spectateurs de l’histoire. S’exprime alors ce qui est caché, ce qui continue de respirer, ce qui peut-être nous échappe aussi.


©Jeanne Macaigne

ORCHESTRATION DES COULEURS EN COMPOSITIONS
La couleur va habiller le dessin et le rendre vivant. Avant la couleur, il existe juste un trait à l’encre. Petit à petit, murmurent les teintes les plus pâles puis crescendo s’intensifient jusqu’aux plus sombres. La couleur pétrit et modèle le dessin. Je peux dire des choses avec des couleurs que je ne pourrais pas exprimer autrement, des choses pour lesquelles je n’ai pas de mots. Les couleurs dans mes dessins ne décrivent pas vraiment une réalité observable mais plutôt une réalité intérieure. Les arbres peuvent se teinter de rouge, de bleu, sangloter, danser…
Lorsqu’interviennent les couleurs, le dessin se met soudain à devenir vivant, il respire, vibre, danse. Il existe une musique particulière à chaque dessin. Dans une composition musicale, le compositeur conçoit l'œuvre musicale pour qu'elle puisse correspondre à l'expression sonore de sa pensée. Je désirais composer un dessin indépendant qui mène son chemin et réveille, qui renoue avec la tradition tout en restant ici et maintenant. A un certain moment, l’atelier de gravure était mon allié, mais j’ai fini par m’y sentir enfermée. Un jour, au cours d’un stage chez Franck Bordas, il m’a dit qu’il fallait comprendre qu’à présent les logiciels étaient devenus comme les outils d’un vaste atelier. Dans chaque logiciel, il y a un établi avec ses tournevis, burins, pinceaux... C’est ainsi que je soude des dessins et des matières sur écran. L’image imprimée sur le papier relie les techniques du passé et celles du présent.


©Jeanne Macaigne

SE RÉCHAUFFER AU CŒUR DE L’HIVER D’ISABELLE OU LES CHEMINS ENTRECROISÉS
L’hiver d’Isabelle est venu d’une émotion. Un froid intérieur, un moment où tout paraissait vide, ennuyeux. Le déclic s’est réellement produit un jour, dans un petit chalet paumé au creux d’une montagne recouverte de neige. Les sons semblaient disparaître dans l’immensité, le silence régnait et pourtant tout demeurait très vivant.  J’ai écrit le premier jet sur un portable dans cette maison. Puis je suis revenue avec ce matériel écrit et une mallette d’émotions. J’ai travaillé le récit environné d’univers musicaux, photographiques, cinématographiques à la recherche de tonalités pour mon atmosphère narrative. Il fallait plonger dans un matériel heureux et parfumé, pour tenter de secouer un monde fermé et ouaté où la vie hibernait et où tout bruit disparaissait. Comme si la machine intérieure était en stand-by et qu’il fallait retrouver son mode d’emploi. Le genre de moment où on ne sait plus quand et d'où reviendront les couleurs, le plein, le chaud et le vivant. Du dessin ? Du plus profond de soi ? Des images des rêves ? Ou de notre histoire intime vers laquelle on trouve la force de se tourner ? Je voulais faire de cette histoire, quelque chose qui puisse nous réchauffer un peu. C’est ainsi que L’hiver d’Isabelle est né. Une chose réconfortante qu’on puisse emmener avec soi à n’importe quel âge, ni trop grande ni trop petite. Les éditions MeMo ont publié ce projet.
J’ai diverses sources d’inspiration. Je peux parler, par exemple, de la maison de Georgia O’Keefe. Propice à la rêverie, sa maison se trouve au nord de Santa Fe dans un environnement assez aride. Elle est d’une grande simplicité. C’est une maison de plein pied, avec des grandes baies vitrées. La propriété, entourée d'un muret, domine le village fondé par des colons espagnols. Georgia était fascinée par les couleurs brûlées par le soleil. Le temps de sa vie semble suspendu, à l’image de son ascétisme.
Beaucoup de musiques m’ont également aussi accompagnée : Alma Forrer, Baptiste W Hamon, Sezen Aksu, Raul Paz, Celentano, Rita Pavone et aussi des livres : Conversations avec Francis Bacon de Franck Maubert, La bâtarde d’Istanbul d’Elif Shafak, Tout s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan…
Des images s’impriment en nous sans qu’on le décide : peut-être celles des souvenirs parfumés des promenades à La Réunion où j’ai vécu, m’ont-elles suivie dans cet album. Il y a là-bas une lumière particulière qui pour moi révèle toute la mélancolie des souvenirs. Et bien sûr aussi les images des courses de voitures dans l’allée … et celles des piques-niques sur l’herbe… avec mon frère et ma sœur… et celles de toutes les personnes que j’aime.


©Jeanne Macaigne

YEUX D’OR
J’aime quand je travaille pour la presse, c’est un autre regard sur l’image. La signification globale de l’article doit apparaître dans la fenêtre de l’image au premier plan, mais j’installe souvent d’autres portes en arrière-plan. J’utilise la métaphore car elle a quelque chose d’étrange, de drôle qui permet une grande liberté. Dessiner l’actualité tout en décalant mon propos dans l’imaginaire et la poésie, me permet d’inscrire le réel comme dans un conte, un œil vers l’imaginaire et l’autre vigilant tourné vers l’extérieur.


©Jeanne Macaigne

UNE PORTE POUR ENTRER DANS MILLY VODOVIĆ
Le murmure des insectes et des plantes, le bruit léger des pattes des coccinelles, la respiration lente des plantes sous l'ombre. Dans Milly Vodović, il y a la sécheresse tragique, les histoires familiales, les coquelicots inquiets, la poésie à la fois violente et grandiose de l’adolescence. Il fallait trouver une image qui réunisse ces sentiments du danger constant, de l’imperceptible, du délicat… une image-couverture, une porte pour entrer dans le roman de Nastasia Rugani.
Milly est un personnage très puissant, et en même temps si petit et fragile dans ce monde qui l'entoure, tout empreint de violence sourde. Elle évolue silencieusement au sein d'un paysage aride mais délicat, personne décidée et unique, mais faite de multiples silhouettes entremêlées et foisonnantes.
Ses pieds s'appuient sur un sol vibrant et incertain, fait d'écailles de tatou. Dans le roman, cet animal apparait comme un allié bienfaisant et lumineux, une voix précieuse qui accompagne Milly.
Le cortège des coccinelles avance lentement, parcourant tout le roman, présence inquiétante qui émerge et disparait mais jamais ne s'arrête. 
Dans le décor, des serpents enlacent des fleurs immobiles et observatrices dans un risque d'étouffement.
Mais dans tout ce récit, le personnage de Milly reste fier, droit et lumineux, silhouette oscillant entre l’ombre et la lumière.



Jeanne Macaigne, L'hiver d'Isabelle (éditions MeMo)
                             Les coiffeurs des étoiles (éditions MeMo)



mercredi 19 septembre 2018

AUTOUR DE MILLY VODOVIĆ
Rencontre avec Nastasia Rugani

DERNIÈRE PARTIE : YEUX OUVERTS, YEUX FERMÉS

L’ENTRE-DEUX DE L’ÉCRITURE ET DE LA VIE
Daisy a longtemps utilisé la mort comme outil narratif. Ce n’est qu’une fois confrontée à sa propre mortalité qu’elle s’interroge sur les morts qu’elle a provoquées dans sa littérature. La honte et la peur s’installent à tel point qu’elle en perd connaissance. Ce qu’elle aimerait, plus que tout, c’est exister ailleurs, dans un roman peut-être. Être elle-même personnage, ce qu’elle est, dans mon esprit et maintenant sur papier. S’imaginer en vie, ailleurs, est sa religion littéraire, sa façon d’appréhender la mort. Elle attend donc de Swan qu’il réécrive l’histoire.
La mort la terrorise parce qu’elle pense avoir personnifié la mort. Popeline Louis et le Mange-cœurs deviennent ses ennemis, et elle préfère les diriger vers d’autres victimes, les détourner de la quête finale. Ce qui me fascine chez Daisy, c’est sa droiture en littérature. Elle est consciente de son pouvoir, et l’utilise parce qu’elle ne peut pas empêcher l’écriture d’exister, même si cela signifie tuer des enfants. Je crois que c’est pour cela qu’elle se sent proche de Milly. Elles portent la même animalité, et la même radicalité. Probablement parce que l’une est le prolongement de l’autre, ou son invention. On peut parler d’égoïsme mais je préfère parler de « qui ». Elles sont qui elles sont, indépendamment des règles, de la bienséance et de leur entourage. Des indépendantistes de leur propre territoire.
Écrire, c’est avoir les yeux ouverts sur son monde, et les yeux fermés sur un autre, je crois. Il faut éteindre le monde extérieur afin de pouvoir se pencher sur ce qui est enfoui. Je me sens un peu prétentieuse à sortir de telles phrases mais bon, je me suis lancée. En même temps, écrire ne se fait pas avec les yeux, pas toujours. Écrire, pour moi, c’est se rendre tout au fond. C’est boueux, sale aussi. C’est viscéral parce qu’il faut déterrer des choses, avancer dans le noir. Et quand on déterre, on parle forcément de racines et de cadavres. J’ai envie d’arrêter d’écrire chaque fois que les personnages sont absents, que les mots me quittent. J’ai l’impression que rien ne viendra plus jamais, et que je ne suis plus rien puisque je n’écris pas. C’est un désespoir immense quand il n’y a plus l’inspiration, quand l’organe d’écriture semble mort. Pour moi, l’écriture est du côté de la vie. Même si je dois m’aventurer sur des chemins abjects, accompagnée de personnages terrifiants, c’est du côté de la vie que je le fais.
La mort est autre chose, et a plusieurs sens. Je crois qu’on peut mourir de différentes façons, tout en restant en vie. Ce que j’écris n’est pas très sensé. Par exemple, on peut mourir d’un lieu à l’autre. Cette version de moi-même dans ce lieu précis n’existe plus. Cette version de moi-même n’existe plus que dans les souvenirs de quelques personnes éparpillées à travers le monde. Fermer les yeux sur le monde auquel on appartenait, et ouvrir les yeux sur un autre univers, c’est possible. Quelque chose de Milly meurt à la mort de son frère. Un morceau des Vodović s’éteint. Et Petra est morte, en Bosnie, sous les mains de son violeur. Petra, criant son deuil, ne ressemble pas à Petra, jeune fille souriant à un maigre garçon dans les rues de Sarajevo. On peut mourir d’un pays à un autre.

Peu importe si du sang ou de l’encre coule dans tes veines, ce qui m’importe, c’est ton bonheur. Le tien. Que tout s’efface, mon Swan, ou que tout soit retrouvé. Quand on est né de la grêle, on peut tout recommencer. Si tu le veux, tu peux tout changer. Tu en as le pouvoir, je le sais, c’est moi qui t’ai écrit. Fais que tout soit possible. Presse ta main sur la feuille, prends le stylo et écris.
Écris fort.


PENSER AUTREMENT, LOIN DU SIÈCLE DES LUMINAIRES
Je n’écris pas des collections de blagues. Mon travail n’est pas de faire rire les gens. Ça peut arriver, et j’espère que « sombre » n’est pas synonyme de « démoralisant. »
Je crois que mon roman est parsemé de tons très clairs. La mort est omniprésente, c’est certain. Mais les relations entre Milly et la multitude de personnages sont inscrites dans l’empathie, l’humour, et bien souvent, dans la tendresse. Je pense aussi à son affection pour les animaux et à certains passages exprimant le bonheur intense d’être parmi les siens, au bord du ruisseau. La vie est ainsi, « change en un instant », passe d’un sourire à une tragédie. Qui peut se vanter d’être toujours heureux ? Il suffit de lire les informations pour être face à la mort, au viol, à la guerre. Il faut s’y confronter. Tenter de comprendre, élargir son humanité. En lisant et en écrivant, j’ai envie de répondre à des questions auxquelles je n’avais jamais songé, me rapprocher ou prendre de la distance, et me poser d’autres questions, apprendre à penser autrement. Quand le monde me paraît insupportable, j’aime me plonger dans une œuvre qui me permettra de me sentir moins seule. Et il me semble que mon travail consiste à essayer d’écrire le meilleur roman que je puisse écrire, avec la plus grande sincérité, et les mots les plus justes, pour mon histoire et pour mes personnages. Et si cela signifie écrire une histoire sombre, et bien soit.

— Chante un truc, lance-t-il, ravi.
— Seulement si tu me dis ce que tu veux faire.
— Négatif.
Milly insiste encore et encore. Elle se surprend même à tirer sur le tee-shirt de Douglas qui la repousse avec douceur. Finalement, elle aime bien ce garçon pâle, aux airs de musaraigne.
Dans l’atmosphère dorée de cette fin d’après-midi, allongé ainsi, les bras minces ramenés sous sa nuque et les jambes croisées, il lui fait penser à Almaz. Lui aussi rend la chaleur fluide et sent bon les céréales.
— Bon, c’est con, mais j’aimerais bien être heureux, finit-il par avouer tout bas.
— Ce n’est pas un métier ça, si ?
— C’est le meilleur !
Douglas lui explique que la plupart des gens passent dix heures par jour à faire des trucs détestables dans le seul but d’être heureux deux semaines dans l’année. Lui n’a pas l’intention de vivre uniquement les week-ends et les jours fériés.
— Comment tu vas faire ?
— Je me débrouillerai. À toi, maintenant.
Sans même une once d’embarras, Milly se met à chanter Billie Jean. Il écoute sans broncher. Tout ce qu’il peut dire, c’est qu’elle ne ressemble pas à ces prodiges à la télévision qui ouvrent grand la bouche pour libérer le génie et la grâce. C’est rudement faux, pourtant c’est honnête et joyeux. Lorsqu’elle entame une seconde chanson, les yeux clos, il ferme les siens et succombe à la mélodie. Il est tellement content d’éprouver de la joie ailleurs que dans la violence et la haine qu’il chantonne à son tour.

DÉSORDRES
Je ne crois pas que la littérature jeunesse ait l’obligation de donner des leçons ou d’offrir une morale (de préférence bienveillante, n’est-ce pas ? Sinon on risquerait de perturber la jeunesse). On impute rarement de telles responsabilités à la littérature générale. Elle a le droit d’être parfaitement libre, donc choquante et insolente. J’estime que la littérature jeunesse a les mêmes droits. Je dirais même que, dans une société de plus en plus indolente, il serait plus judicieux de perturber et de bousculer.
Pour moi, la seule différence entre la littérature jeunesse et la littérature générale est l’âge de mes personnages, et l’âge du lectorat. Mais ce n’est pas parce que de jeunes lecteurs lisent mes romans que je vais me censurer ou tenter de leur plaire. Très égoïstement, j’écris pour moi. C’est une relation intime entre moi, mes personnages et leurs mots. Le lecteur n’intervient qu’après l’écriture, après la fabrication. Je ne lui dois rien d’autre que ma sincérité et mon travail. Et je crois que chaque lecture est différente. Ce que signifie ce roman pour moi n’est pas nécessairement intéressant pour le lecteur car on lit un texte avec ses propres indignations, ses propres expériences. La lecture d’un roman est aussi intime que l’écriture d’un roman.
La seule chose qui m’importe est de faire de mon mieux, et d’écrire fort, en respectant mes personnages. Je me place à leur hauteur, qu’ils aient six, douze ou soixante ans. Je ne m’adresse pas à une tranche d’âge pour faire vendre. Je me fiche des « thèmes attendus », des cases à remplir « pour les jeunes ». Ce serait leur manquer de respect que de croire à un groupe uniforme qui ne vit que pour les réseaux sociaux. Je ne crois pas qu’il existe une séparation littéraire entre les enfants, les adolescents et le reste du monde. Les émotions restent les émotions. Quand je lis des albums de Kitty Crowther ou des romans de Robert Cormier, je n’ai plus d’âge, plus de genre, plus de pays. Je me fonds dans les relations humaines, les lieux, les personnages, les histoires. C’est ça aussi, la lecture. Ni frontière, ni âge.

Les yeux en l’air, elle reconnaît aussitôt ce samedi matin d’hiver en famille, à son ciel de bruines et à ces drôles d’oiseaux, les ailes comme des éclairs. Elle est dans la peau de ses dix ans, un large bandage autour du genou gauche et une envie folle d’aller chez le coiffeur. Sa mère et Almaz l’observent faire la roue, mais ils se fichent de ses exploits. Ils boivent de longues gorgées de café au lait, assis à l’extrémité des chaises longues devant l’étable.
— Vous devriez vous allonger, suggère Tarek.
Un peu plus loin, il feuillette des comics, étendu à même le sol de la cuisine. Il cherche des dessins de femmes aux costumes aguicheurs.
— Tu sais pourquoi on ne s’allonge pas ? demande Almaz, sur un ton de colère qui ne lui ressemble pas.
— Non.
— Parce que notre vie ne ressemble pas à ce monde dans lequel on se prélasse, étendu sur un transat.

LES CHOSES NON MARCHANDES DE LA VIE
Lorsque je lis un livre, je cherche à me reconnaître dans les personnages. Je veux comprendre cette pagaille à l’intérieur de moi, en la trouvant ailleurs. Swan Cooper se demande « comment font les gens pour porter tous ces gouffres en eux sans jamais devenir fou ? » Je me le demande aussi. J’ai besoin de découvrir que je ne suis pas la seule à être en colère au point de vouloir casser la figure à quelqu’un. J’ai besoin de lire ce que je n’ai pas réussi à dire, ou à formuler toute seule.
Mon écriture est nécessairement imprégnée de mes choix de vie et de lecture. Et je ne lis pas de littérature de divertissement. À chaque fois que j’ai essayé, j’ai eu la sensation qu’on essayait de me vendre un modèle de vie, « le bon modèle ». Pour être franche, je crois que l’humain se perdrait si la littérature de divertissement était la seule disponible. Parce qu’il est nécessaire de se confronter au réel et à ses propres lâchetés afin de devenir la meilleure version de soi-même. Et j’ai encore beaucoup de travail.
Je ne suis pas partisane de ces romans qui supposent que nous avons tous les mêmes défauts et les mêmes désirs. Nous ne sommes pas égaux face au bonheur. Et le bonheur n’a de toute façon pas la même signification pour tout le monde. La vie est tellement plus complexe que ces pages d’individus coulés dans un monde factice et glacé. Je n’aime pas cette idée de « feel good, » car cela sous-entend que la culture se doit de prôner la joie, à tout prix. Je revendique le droit aux mauvais jours, et à la noirceur. La vie au quotidien ne ressemble pas à un « feel-good » roman. Certes, il fait du bien. Mais pour combien de temps ? Pour moi, le retour à la réalité est trop difficile. Je comprends que l’on puisse avoir envie de se relaxer. Mais je crois avoir le droit de refuser que mes romans soient des chaises longues.
Souvent, les gens lisent un résumé et reposent le roman en ayant cette phrase qui me donne envie de hurler : « c’est beaucoup trop sombre pour son âge. » Ces mêmes lecteurs offriront Harry Potter à leurs enfants, qui compte plus de quarante victimes de meurtres. Mais ce n’est pas pareil, ce n’est pas le monde réel. Franchement, je n’ai jamais autant pensé à la mort qu’à l’adolescence. Et j’y pense encore. Comment l’éviter ? Et pourquoi ? Pour qu’une fois qu’elle apparaisse, on se sente démuni ? Lire permet aussi d’être mieux armé. Quand j’allais mal, je n’avais aucune envie de découvrir le bonheur d’une jeune fille pour qui le monde n’était qu’une suite d’arcs-en-ciel. Je caricature, bien sûr, mais qu’on cesse de nous faire croire que ces filles-là existent. La vie d’une fille est infiniment plus difficile que ce qu’on tente de nous faire croire. Parfois, on est face à des dangers immenses. Parfois, il n’y a pas de fins heureuses. Parfois, la vie est incroyablement triste. Ce qui est important, à mon humble avis, c’est de savoir que le bonheur existe, au quotidien. Il n’est pas souvent grandiose comme dans ces livres où tout finit en apothéose de confettis et de réussite. Il est ordinaire, et c’est aussi bien comme ça. Un dîner rieur en famille. Une blague. Un après-midi en compagnie d’une amie. Le bruit de la neige sous ses pieds, le parfum d’un thé, le plaisir d’une mélodie, de nouvelles baskets, peu importe, tout est à saisir.

« Tu te souviens le jour où tu as écouté le son du parmesan, en frappant sur la meule. Sans le goûter, tu as dit “Il est bon” et l’Italien t’a répondu “Il est excellent”. Tu étais le plus heureux des garçons quand tu croyais à la magie du goût. J’ignore pourquoi je t’écris de cette façon. Je suis vivante et toi aussi. Mais, il y a cette histoire qui m’effraie. J’aimerais que tu aies raison, que mes romans restent des romans. Au cas où, j’aimerais te laisser quelque chose d’important. Pas mes mots. Autre chose. Une possibilité. Parce je crois que ce qui nous sauve n’est jamais ce que l’on croit. »