mardi 19 mars 2019


BEAU TEMPS AVEC CLÉMENCE PALDACCI

Rencontre autour du temps des débuts (la Californie), des temps de la lecture et de la création (la Manivelle), du temps de l’imaginaire et du temps futur d’une vie dorée (la Californie à Manivelle).

©Clémence Paldacci


AU NORD-EST TOUJOURS DU NOUVEAU
À 18 ans je suis partie de chez ma mère pour pouvoir regarder la télé. Dans la vraie vie le seul truc qui ressemblait à du travail et qui m’intéressait était le dessin alors en parallèle d’une vie sentimentale trépidante sous le soleil de Californie, j’ai entamé des études d’art un peu sinueuses, en commençant par la fac d’Aix, passé la licence comme les choses risquaient de devenir un peu trop sérieuses je me suis vaguement débattue et j’ai fini par atterrir dans les Vosges, à Epinal. L’enseignement des beaux arts était tourné vers l’image et j’ai commencé à y travailler l’illustration. Après mon diplôme un peu pour suivre les copines et un peu parce que je ne me sentais pas prête, j’ai continué mon exploration du Nord-Est en intégrant à Strasbourg l’atelier de Claude Lapointe aux Arts Décos. À la sortie de l’école, j’avais développé un vocabulaire graphique très attrayant constitué de rats, de chevaux zombies et de bébés anthropophages, puis j’ai commencé presque par hasard à illustrer des livres documentaires pour enfants, c’est ce que je fais depuis, et je dois dire que je m’amuse bien.


LA CRÉATION À MANIVELLE
Je débute toujours en rassemblant beaucoup d’images,  je les redessine en tout petit, je remplis une ou deux pages de carnet. Après je passe aux crayonnées, à l’ordi, c’est temps un peu plus laborieux, je montre je corrige et puis je reprends, ensuite j’imprime et je repasse au travail à la main. Je travaille sur mon noir et blanc à la table lumineuse, j’utilise un papier bien lisse pas trop épais et des crayons gris, j’ai un magnifique taille-crayon à manivelle et trois ou quatre sortes de gomme, pour ce projet j’ai aussi préparé les textures de mes couleurs à la main sur du papier-calque et au crayon gris. Après je scanne, je nettoie, je passe la couleur sur mes textures, un ou deux à plat et si tout va bien, voilà un joli petit livre illustré !


Carnet Pombo Courage : décors ©Clémence Paldacci
Carnet Pombo Courage : décors ©Clémence Paldacci

IMAGES EN TÊTE
Cela faisait longtemps que nous parlions de travailler ensemble avec Emile. Truffe et Machin venait juste de sortir, les dessins de Camille étaient parfaits, le livre leur ressemblait beaucoup, bref j’avais adoré et j’étais assez fébrile quand il m’a fait lire le texte la première fois.
À l’époque il s’appelait « pantoufles et tomahawk », il parlait de paresse, d’amitié, de la terrible bataille entre désir de confort et désir d’aventure, j’ai tout de suite été prise, plein d’images me sont venues en tête. Là-dessus, il y a l’écriture d’Emile, c’est tendre, ça grince et on rigole bien !

Carnet Pombo Courage : ours ©Clémence Paldacci


GLISSEMENTS BORDÉLIQUES ET MINUTIEUX
Pombo et Java, c’est un vrai duo : Pombo indolent laisse l’existence glisser sur lui tandis que Java l’inconséquent s’y jette à corps perdu, il faudra bien qu’ils soient tous les deux pour arriver quelque part… Pombo inerte, Java qui s’agite, j’avais  de quoi m’amuser avec ces deux caractères,  en fond la forêt, je ne la voulais pas inquiétante mais plutôt chaleureuse, grouillante de vie, un peu bordélique comme celle de mon enfance et il y a ce troisième antagoniste qu’est le grand chêne. Dans le récit, il y a aussi ces glissements vers l’imaginaire nord-américain, le tomahawk, la maison dans les bois… Plus techniquement j’avais l’impression que le format, le récit appelaient des images simples, très dynamiques et à la fois je crois que MeMo comme moi avions envie d’un dessin vraiment minutieux, il a fallu trouver un équilibre et un mode de mise en couleur qui n’alourdisse pas trop le trait.


©Clémence Paldacci

AVENIR RADIEUX
Pour 2019 j’ai résolu de devenir ambitieuse et riche, il me reste encore quelques mois… En attendant j’essaie d’écrire un album, un exercice bien difficile d’autant plus que je ne suis pas très à l’aise avec l’écriture, pour l’instant je cherche en dessinant et j’observe attentivement le ciel voir si un autre beau projet n’est pas sur le point me tomber sur la tête…. J’ai aussi des envies de dessin décoratif, entre deux boulots,  j’avais dessiné pour chez moi une tapisserie genre Toile de Jouy et depuis de temps en temps je me replonge dans des recherches de motifs un peu poussées… Et puis je vais peut-être m’acheter un rocking-chair, j’ai déjà les pantoufles.

©Clémence Paldacci

CLÉMENCE PALDACCI PAR ÉMILE CUCHEROUSSET
En quelques mots, Clémence mesure un bon mètre 60, possède de longs cheveux noirs et a du sang corse dans les veines. Cela étant dit, je ne me risquerai pas à dévoiler quoi que ce soit d'autre à son propos, au risque de produire je ne sais quelle inexactitude qui vaudrait à ma voiture de périr dans le souffle d'un pain de plastic. Ayant moi-même du sang corse, je sais ce qu'il peut en coûter de parler à tort de quelqu'un. Alors je préfère m'abstenir, par mesure de précaution.
Et puis, je ne suis pas très objectif à son propos, c'est une très bonne amie. Je peux seulement dire qu'elle est très talentueuse.

ÉMILE CUCHEROUSSET PAR CLÉMENCE PALDACCI 


Pombo Courage
Émile Cucherousset
Illustrations de Clémence Paldacci
Petite Polynie

En librairie le 21 mars




jeudi 14 mars 2019

DANS LA CABANE PERCHÉE D’ÉMILE CUCHEROUSSET

Petite java littéraire autour d’une gueule grande ouverte sur la nourriture du récit, de danses avec la vie, de fesses déclouées par un vaste appel du courage, de pantoufles et d'un tomahawk, en marchant en écrivant de mots rythmés, de formes et de barèmes littéraires ou de l’art du conte bien compté. Rencontre(s) et bavardages avec un écrivain qui « passe beaucoup de temps assis sur son fauteuil à bascule » à inventer un monde à brandir collectivement


©Clémence Paldacci


Pombo était d’un naturel paresseux. Il passait son temps à rêvasser, les pieds bien au chaud dans ses pantoufles. Il s’installait sur son fauteuil à bascule devant sa maison et laissait son imagination faire le reste.

SURGI DE NULLE PART
En l'occurrence, ce texte est né avec le surgissement d'une phrase, qui d'ailleurs ouvre le récit : « Pombo était d'un naturel paresseux ». L'origine du texte du texte dépend donc de l'origine de cette phrase et, dans la mesure où elle m'est apparue subitement, sans crier gare, je serais tenté de dire que ce texte trouve son origine dans ce drôle de lieu qu'est nulle part...
La question de la nourriture jetée dans la fosse à histoire est compliquée à aborder, aussi, pour ma part. Dans la mesure où je ne mène pas de Grande réflexion sur un thème en particulier à traiter, que je n'écris pas de Grandes lignes au préalable, que finalement je me laisse embarquer au fil de l'histoire avec mes personnages, la façon dont je la nourris est très peu tangible. Il y a beaucoup de paramètres, à mon sens, qui rentrent en jeu en écrivant et tous doivent combiner pour faire s'élever la voix propre de l'histoire. Il y a les obligations du récit à respecter pour qu'il soit cohérent, le temps à maîtriser,  la place de la langue, des dialogues, du silence, de la sonorité des mots, de la musicalité globale du texte, de la musicalité propre à chacun des personnages. Je nourris le texte en orchestrant tout cela mais je n'ai pas de méthode particulière pour y arriver. Je ne cherche pas à y réfléchir, à proprement dit. Cela m'arrive à devoir le faire, pour X raisons, mais la majeure partie de la place prise dans mon travail d'écriture, l'est par l'improvisation. Alors dans ce cas-là, la nourriture apportée au récit reste bien mystérieuse.

Bien sûr, il ne prenait guère de risque à rester les fesses clouées à son fauteuil. D’aucuns diront qu’il ne se frottait pas à la vraie vie. Qu’il n’était qu’un fainéant et un peureux. Mais Pombo préférait faire l’économie des égratignures. Au moins, sur son rocking-chair, il était en sécurité.
Java voyait tout ça d’un drôle d’oeil. Contrairement à son ami, lui ne pouvait rester en place plus de deux minutes. Il lui fallait sans cesse caracoler à droite ou à gauche, revenir sur ses pas, et partir à la découverte du monde.


©Clémence Paldacci

le bruit de la terre qui tremble, LE BRUIT DE LA FÊTE ENDIABLÉE
Le récit s'ouvre donc ainsi : « Pombo était d'un naturel paresseux ». Pour moi il était évident qu'en nommant ainsi cet ours (car en le nommant il devint ours aussitôt), je ne l'affublais pas d'autres caractéristiques que celle de la paresse ou de l'oisiveté. Il y a dans la sonorité de son nom quelque chose d'inévitablement pataud, comme le bruit de la terre qui tremble sous les pas lourds d'une immense bestiole...
Je pense que Java est très vite arrivé sur le papier en guise d'antithèse à Pombo pour faire l'équilibre avec son tempérament. Le nom de Java a une sonorité plus électrique et plus festive que son compère, il entre dans la vie d'une manière beaucoup plus endiablée.
En tout cas, je trouve que ces deux personnages, (et leurs noms), parlent beaucoup de la façon dont on peut avoir tendance à danser avec la vie. Conduire ou se laisser conduire. Il y est beaucoup question des rythmes qui traversent chacun de nous et des possibilités de les faire s'accorder, malgré leurs différences. Les faire ralentir ou s'accélérer selon les aspirations de l'Autre. Sortir des postures habituelles.


©Clémence Paldacci


L’ÉVEIL DU COURAGE ET SES REDOUBLEMENTS
Ici l'éveil du courage intervient grâce à l'Autre. On fait rarement preuve d'un grand courage en restant les fesses clouées à son fauteuil à bascule, comme Pombo. Du moins, Pombo ne s'y frotte guère, en réalité. Il est courageux dans ses pensées,  dans la représentation de lui-même, dans ses rêveries.
Le fait que son ami Java lui demande de l'aide, le pousse dans ses retranchements. Il est amené à combattre sa peur excessive du danger, sa peur du vide, sa peur d'entreprendre en somme.
Il fait preuve de courage à deux reprises : la première pour monter en haut de l'arbre, qui est une entreprise réfléchie, qui le fait naviguer sans cesse entre élan et recul. Il y a je pense dans cette version du courage la recherche du dépassement de soi, une manière de façonner une confiance qui lui fait défaut (il a très envie de monter à cet arbre), de se hisser également à la hauteur des attentes de Java. Cette version du courage est davantage liée à la peur que le courage dont fait preuve Pombo par la suite. Lorsqu'il sort de chez lui en défiant l'orage pour sauver son compagnon, il n'y a aucune préméditation à le faire de sa part. Il le fait parce que la seule chose qui l'anime à ce moment-là est de sauver la vie de Java. La peur se transforme en une grande vitalité, une énergie folle qui ne l'empêche plus. C'est une forme de courage plus primaire, instinctive, qui lui permet a posteriori de se sentir vivant.


©Clémence Paldacci



− Tu vas finir par te blesser avec ton tomahawk, Java.
− Et comment crois-tu que je vais tailler ça comme il faut, Pombo ? On ne fait pas une cabane en regardant passer les hirondelles à ce que je sache.
− Les outils comme ça, c’est pour faire la guerre. Pas pour fabriquer une cabane. Là, c’est un peu comme si tu mangeais ton pot de miel avec une pelle à neige.

tomahawk et pantoufles, guerre et paix
Guerre et paix, si l'on exagère. L’histoire de ces deux ours permet davantage de mettre en opposition deux tempéraments antinomiques (action versus inaction, peur versus inconscience...) et de parler de leur terrain d'entente. Ils ne peuvent se trouver qu'à force de concessions et d'efforts mêlés. C'est une histoire d'adaptation à l'autre. Il leur faut trouver le consensus entre le tranchant du tomahawk et le molletonné d'une charentaise, effectivement.


©Clémence Paldacci

Il se réveilla dans la soirée, alors qu’un déluge s’abattait sur la forêt. Des éclairs jaillissaient du ciel et venaient lécher la cime des arbres. Le tonnerre, en roulement de tambour, battait le rythme de la tempête.

le courant de la musique des mots
Plus que de recherche, il s'agit de préoccupations autour de la sonorité et de la musique d'un texte. C'est pour moi très important, à tel point que l'intrigue est une chose qui passe complètement au second plan pendant les premières pages d'un texte. Je suis obligé d'y revenir pour ne pas raconter n'importe quoi mais, j'aime bien suivre pendant un temps et sans trop me poser de questions, le courant de la musique des mots. Je suis quelqu'un qui bat sans cesse le rythme. En marchant pour combler le silence entre le bruit de mes pas. Je compte aussi. Les syllabes de certaines phrases. Et lorsque j'écris, il m'arrive de sentir que je dois rajouter un mot ou en enlever un dans la phrase, pour qu'un certain tempo, une certaine mélodie, soit respectés.
Et puis, il y a tellement de mots à écrire. Des mots immensément beaux qui, mariés à certains autres, font chanter merveilleusement les personnages et le reste... En tout cas, je ne cherche jamais à me brider quant au vocabulaire (au risque de produire des textes qui a priori excluraient certains lecteurs). Mais ceci est une autre affaire et c'est bientôt l'heure du repas...
La question des dialogues tient, elle, davantage du jeu. Je soigne beaucoup cela pour que l'on ait au maximum une impression de justesse dans leur façon d'exister, leur psychologie. Ils doivent avoir une certaine consistance, les personnages. Il ne s'agit pas simplement de les résumer...

− Java, pourquoi faudrait-il que ta cabane se trouve perchée tout là-haut ? Elle est très bien au sol.
− C’est pour voir le lointain, Pombo.
− Le lointain, je n’ai qu’à fermer les yeux pour le voir, Java.
©Clémence Paldacci

SOUHAIT D’UN TEXTE ARGENTÉ
Je n'avais aucun souhait en particulier mais effectivement, ce texte se rapproche très certainement plus de la forme du conte. L'utilisation du passé et notamment de l'imparfait n'y sont pas étrangers, je pense. Le fait que le texte soit plus condensé, aussi. Après je ne sais pas tellement à quoi cela tient en fait. Je ne suis pas un grand spécialiste des genres. J'espère juste être payé de la même manière si j'écris un conte plutôt qu'un roman... D'ailleurs, est-ce que des barèmes existent à ce sujet ? Parce que si le conte est genre un sous-genre, moins rentable et donc moins rétribué qu'autre chose, je pense que Pombo Courage serait plus proche du roman finalement...


©Clémence Paldacci

ÉCRIRE EN PRENANT DE LA HAUTEUR DANS UNE CABANE PERCHÉE
Il est sûrement plus facile de restituer le monde en l'ayant au préalable observé. D'ailleurs même quand j'écris, je vois les choses de haut. Pas que je dédaigne l'histoire mais, c'est plus simple ainsi de tirer les ficelles, de mettre en scène tout ce petit monde.


Un jour, il lui prit l’idée de construire une cabane. Une cabane haut perchée d’où il pourrait observer le lointain. Il choisit un chêne robuste et assez vieux pour supporter qu’on s’y installe et commença les travaux.

UN MONDE EN COMMUN OU LES NOUVELLES BRÈVES LONGUES
L'idée de développer une série à partir des personnages de Pombo et Java ne m'a jamais effleuré l'esprit. J'ai toujours vu cette histoire comme se suffisant à elle-même. Alors quand il m'a été suggéré de réfléchir (tout de même) à cette possibilité de suite, il m'a fallu trouver quelle forme tout cela pourrait prendre. D'où le projet de série autour d'un lieu,  non consacré à des personnages récurrents, et la forêt m'a paru le lieu idéal pour poser les bases de ce « nouveau monde ». C'est un endroit parfait je trouve, pour l'implantation de l'imaginaire.
L'idée est d'écrire des histoires à propos des habitants de cette forêt. Des histoires courtes, qui n'ont pas forcément de lien entre elles et qui serviraient à dépeindre le monde, dans toute sa diversité. Le territoire est un prétexte pour pouvoir intervenir différemment à chaque récit : en termes de langage, de registres, d'émotions, de couleurs, de musique. Comme se décline notre propre monde en fait. Les Brèves de la forêt seraient au service d'un grand reportage sans vraiment de limite, puisque le territoire est évoqué mais pas défini. J'aimerais qu'au fil des histoires, petit à petit, une carte se dessine avec les repères topographiques, des indications du lieu où les histoires se passent. Ce serait une carte en mouvement perpétuel, aux frontières poreuses. Tout cela pourrait s'étendre très loin.
D'un point de vue « général », l'idée serait qu'il y ait un illustrateur différent pour chaque histoire, qu'il y ait autant de collaborations qu'il y a de récits, que ce monde soit riche de la pluralité. Le projet, en somme, est d'esquisser un monde fait d'aspirations artistiques différentes. Un monde à brandir en commun.
©Clémence Paldacci


Pombo Courage
Émile Cucherousset
Illustrations de Clémence Paldacci
Petite Polynie

En librairie le 21 mars


dimanche 10 mars 2019

LEURS CŒURS À L’OUVRAGE
Au sujet de L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine d’Agnès Debacker


©Anaïs Brunet

Nouveau coup de cœur pour la collection polynie chez les éditions mémo. Le dernier roman d’Agnès Debacker, illustré par Anaïs Brunet sortira bientôt en librairie. Bien qu’indiqué à partir de 9 ans, je trouve que cette histoire résonnera dans tous les cœurs.
L’arrêt du cœur parle des liens affectifs, du deuil et fait écho de l’impact de l’histoire française du 20ème siècle sur « nos vies ». Quand je dis « nos », c’est surtout sur la vie de Simone. Simone est une voisine qui gardait un jeune garçon, depuis sa plus tendre enfance. Mais un jour, son cœur lâche et Simon, 10 ans découvre la mort et le deuil. En retournant dans l’appartement de sa nounou, il emporte une théière. En effet, cette dernière était utilisée pour mettre des souhaits. Cherchant tout d’abord à protéger ses secrets, le jeune garçon va en découvrir d’autres qui le mèneront à une quête.
Un très beau roman qui nous touche et sait nous tenir en haleine.
L’émotion transmise par les mots de l’auteure nous fait le cœur gros tout le long du roman mais pourtant on n’a pas envie de s’arrêter de lire. Les illustrations nous plongent encore plus dans cette ambiance de retour dans le passé. Nous avons beaucoup de tendresse et nous nous sentons très proches de Simone, alors qu’elle nous a quittés dès la première ligne du roman. Un vrai délice
L’atelier de coeurs


Je vous avoue que lorsque j’ai lu le titre j’ai poussé un soupir de lassitude. Non, je n’avais pas envie de lire une histoire d’amour pour enfant !
Heureusement, j’ai très vite compris qu’il n’en était rien et qu’il y avait même un beau jeu de mots à plusieurs étages dans ce titre.
L’histoire ? Un jeune garçon  a bien du mal à accepter la mort de Simone, sa voisine, sa nounou, son amie, celle qui pimentait sa vie.
Je n’ai pas envie de dévoiler l’intrigue, c’est tellement agréable de découvrir le contenu sans en avoir rien lu auparavant. Juste une petite chose : il y a une théière pleine de secrets. Une théière à vœux.
D’ailleurs lorsque je prête un livre à un de mes élèves, je ne lui en dis rien. Seulement : j’aimerais vraiment savoir ce que tu en penses, que tu aies aimé ou pas. Et ce roman-là, la petite fille de 9 ans qui l’a eu entre les mains, l’a trouvé sublime. Et ce qui lui a plu c’est que c’était écrit sous forme d’enquête.
Un secret à élucider, la guerre d’Algérie en arrière-plan, de la tristesse à évacuer, des souvenirs à foison, une mort à comprendre, un inconnu qui s’invite dans une théière.  Ce petit roman est sensible. Simon, on le comprend tellement quand il redoute d’entrer dans cette cuisine où Simone est morte. On inspire avec lui avant d’entrer dans la pièce, on attrape la théière et on ressort  à toute vitesse, le souffle suspendu.
Les illustrations viennent agrémenter l’histoire de petites touches fantaisistes ou réalistes, originales et marquantes.
Un vrai beau petit roman pour les enfants à partir de 9 ans. Décidément les éditions MeMo ne me déçoivent jamais.
Le blog de Krol

©Anaïs Brunet

« Comment fait-on pour se porter comme un charme le mardi, démarrer sa journée du mercredi avec une bonne tartine de confiture aux framboises et s'effondrer dans son bol de café au lait quelques instants plus tard, sans vie?"

#MonCoeurEnVrac

J'avoue que je ne savais pas trop à quoi m'attendre en lisant L'arrêt du coeur. Je n'avais même pas lu le résumé de la quatrième de couverture, faisant désormais aveuglement confiance à l'éditeur et à cette collection qui ne cesse de me surprendre.
Alors, j'ai plongé. Et je me suis trouvée prise au coeur d'une histoire très émouvante de deuil, d'amitié, de secrets et d'amour. Et j'ai refait surface, avec difficulté, profondément chamboulée.
Mon coeur a bien failli aussi s'arrêter... Heureusement non. Maintenant je vais essayer d'en parler.

#SimonSansSimone

Ce roman m'a émue. Profondément.
 Pourquoi?
- Parce qu'il parle de la confrontation d'un enfant avec la mort. Simon a des sentiments forts qui vont et qui viennent. Il peine à réaliser la disparition de Simone. Certaines choses persistent, lui rappelant son amie, comme l'odeur qu'il retrouve quand il retourne chez la vieille dame...
 Et puis, Simon ne comprend pas comment Simone pouvait être en forme pour l'instant d'après, mourir subitement. La brutalité, la soudaineté de la mort est, comme pour nous adultes, difficile à gérer, à entendre. Le ressenti de Simon, celui d'un enfant face à elle, est très touchant. C'est toujours délicat d'aborder ce sujet en littérature jeunesse. Agnès Debacker le fait ici avec justesse et avec une grande sensibilité.
- Parce qu'il parle d'une très belle relation intergénérationnelle. Simon et Simone avaient créé un lien très fort. Entendre Simon parler de la vieille dame et se remémorer les bons souvenirs est assez poignant. Avec la disparition soudaine de Simone, Simon prend conscience de la place qu'elle occupait dans sa vie et de la profondeur des sentiments qu'il lui portait. 
- Parce qu'il parle aussi des secrets que chacun garde pour soi. Si on croit connaître quelqu'un,en réalité, chaque personne a toujours, quoi qu'il arrive, un jardin secret, des zones d'ombre, des vérités tues et une intimité préservée.
Simone, comme tout le monde, avait des secrets. Et Simon a du mal à faire coller l'image de celle qu'il découvre sous un nouveau jour avec celle qu'il connaissait. Il en est tout retourné. Et nous aussi.
- Parce qu'il parle d'événements qui ont bouleversé notre Histoire. C'est beau et terrible à la fois. C'est très bien amené par l'autrice et traité d'un point de vue intéressant. Mais sur ce sujet, je n'en dis pas plus.
Ce roman est aussi une enquête. Le suspense est bien présent. Simon va tout mettre en oeuvre pour comprendre ce que la théière à voeux a laissé entrevoir sur la vie privée de Simone.
Mais, je ne vous en dis pas plus non plus sur ce secret. Moi je l'ai découvert en même temps que Simon et j'en ai été toute émue. Il est important, à mon sens, qu'il reste intact.
Agnès Debacker offre à ses jeunes lecteurs un roman qui leur parle de "choses de grands", des choses de la vie avec un regard innocent, celui d'un enfant.
Ce roman est illustré ici par la talentueuse Anaïs Brunet qui rend compte avec une grande délicatesse de tous les sentiments qui traversent ce texte. On sent la tension quand Simon rentre dans l'appartement de Simone pour la première fois après son décès. On ressent les doutes qui assaillent Simon sous sa couette après avoir découvert l'existence des secrets. Anaïs Brunet fait passer énormément d'émotion à travers ses dessins colorés qui retranscrivent aussi le regard enfantin porté par Simon sur cette situation qui le dépasse. 
Un très beau roman qui ne vous laissera pas indifférent, j'en suis certaine.
HashtagCéline


Simon et Simone...
Un jeune garçon qui a un lien très particulier avec la seconde.
Un lien de complicité entre voisin et voisine quand la seconde garde le premier.
Beaucoup de jeux, de goûters, de rires.
Alors quand Simon apprend que Simone est morte d'un coup, comme ça, la tête tombée dans son bol de petit-déjeuner et ses tartines de confiture, il n'y croit pas. C'est irréel pour lui. Comme pour conjurer le sort, il se fait raconter l'histoire plusieurs fois par la concierge bourrue qui finit par le houspiller.
Il se souvient alors de la théière rouge sur la gazinière de la cuisine. Elle est le réceptacle de leurs petits papiers amassés là dans le secret. Il faut qu'il la récupère coûte que coûte. Bravant sa peur de retourner dans l'appartement de Simone, il la retrouve et l'emporte avec lui. Commence alors une quête pleine de surprise sur la vie de la défunte.
Quelle belle lecture ! 
La métaphore du souvenir, à travers cette théière rouge, apporte un lien indéfectible entre Simon et sa Simone. La vieille dame reste présente et cela permet à Simon d'accepter peu à peu sa disparition si soudaine. Car pour lui, du haut de ses dix ans, c'est absolument inconcevable de disparaître comme ça, du jour au lendemain.
Cette théière et ses petits papiers, qu'il va lire, va lui apprendre que finalement chaque être a son jardin secret.
La symbolique de la porte de l'appartement de Simone est remarquable de force : en y entrant, Simon brave sa peur de la mort, s’affranchit de l'interdit, du regard des adultes aussi et va trouver les ressources, en menant cette enquête sur ce Farid, de surmonter son chagrin. Il va découvrir aussi à travers la filiation qu'une personne ne meurt jamais tout à fait.
C'est un roman plein d 'odeurs, de souvenirs, de tendresse, de lucidité et d'amour. 
Pas de chapitres pour interrompre le récit à la première personne, une écriture d'Agnès Debacker fluide et sensible, pleine d'émotions à fleur de peau et des illustrations d'Anaïs Brunet toutes douces qui disent le manque mais aussi la vie qui continue. 
Je ne veux pas en dire plus pour laisser le plaisir de cette lecture qui m'habite encore par son humanité et qui fait battre le cœur bien fort.
Méli-Mélo de livres

©Anaïs Brunet
Simone et Simon. Une histoire au goût épicé, aux souvenirs vivants, aux rires lointains
Un cœur qui s’est arrêté et l’autre qui ne veut pas oublier
Une théière remplie de vœux et de désirs évanescents
Et un secret laissé infuser pendant des années
Un roman-remède
Balad'en page 

Le petit Simon est triste d’avoir perdu une amie, cette vieille Simone qui le faisait tant rire. Le roman jeunesse L’arrêt du cœur, ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine aborde la mort d’une manière subtile, intelligente et fine. Sortie ce jeudi 21 février, chez MeMo.
Le petit Simon est triste et choqué d’apprendre la mort de sa voisine âgée, Simone. Son cœur s’est arrêté d’un coup, alors que la veille, elle dévorait avec gourmandise ses tartines à la confiture.
Première confrontation avec la mort pour le petit garçon qui avait tissé des liens forts avec elle. Simon veut comprendre. Il se souvient de la théière magique de Simone, dans laquelle tous les deux glissaient des petits mots.
Sa curiosité l’amènera à découvrir un secret sur la vie de cette femme, chez qui il aimait boire des petits jus, rire et discuter.
Un beau récit, fluide, dont la force est d’évoquer les questions centrales de l’amitié et de la mort, sans tomber dans le pathos. Ce chemin intérieur apporte au petit garçon des réponses sur la vie de la vieille dame. Il réussit à surmonter son chagrin et en devient plus fort. Le roman est joliment et sobrement illustré.
Ouest France, Vanessa Ripoche


Depuis quelques jours, Simon ne peut s’empêcher d’aller frapper à la porte de la loge de Françoise, sa concierge. Pour qu’elle lui raconte encore une fois l’histoire de Simone. Simone et son rire d’alouette, que l’on retrouve un matin effondrée dans son bol de café au lait, une tartine de confiture aux framboises dans la main.
L’enfant de dix ans qu’il est ne comprend pas comment on peut s’effondrer comme ça, du jour au lendemain, une tartine à la main ; et il ne trouve personne pour répondre à sa question. Le cœur de Simone s’est arrêté et celui de Simon souffre. C’est sa première morte. Simone était sa nounou et sa voisine… Le chagrin de l’enfant est immense.
Simon repense à la théière à vœux de Simone, dans laquelle il a glissé une multitude de petits papiers sur lesquels il inscrivait ses souhaits. Comme il ne veut pas que n’importe qui tombe dessus et se mette à lire le moindre de ses désirs, il s’empare des clés et se rend dans l’appartement de la défunte… Alors, en même temps qu’un mélange d’odeurs familières – café bouilli tarte aux pommes fleurs séchées – les souvenirs l’assaillent. Des images fugaces et fugitives le traversent.
Prestement, il s’empare de la théière et la cache dans sa chambre. « Cette théière, à l’allure altière, c’est un peu des bouts de Simone planqués sur ma moquette. Des morceaux d’elle échappés de la mort. »
La théière rouge cristallise tous ces secrets et désirs enfouis ; tous ces possibles. Cette mer de petits papiers… en plongeant dedans, Simon ne se doute pas qu’il va y découvrir une histoire d’amour.
L’écriture tendre et émouvante d’Agnès Debacker m’a conquise. Les illustrations aux couleurs vives de Anaïs Brunet sont puissantes ; à la fois brutes et douces, elles épousent le texte à merveille. L’arrêt du cœur est un roman surprenant, triste et beau à la fois, comme la vie (pour paraphraser les mots de la fin…) Un roman poétique qui m’a complètement chamboulée.
Livres de Folavril


Encore une petite merveille de roman signé les éditions MeMo ! Une belle histoire d'amitié, un arrêt du cœur, une théière à voeux, de nombreux secrets, ce petit roman sous forme d'enquête ravira petits et grands à partir de 9 ans ! Et les magnifiques illustrations d'Anaïs Brunet rendront le voyage encore plus fascinant !
La fleur qui pousse à l’intérieur


Des gâteaux partagés, des rires échangés, des déhanchés endiablés et puis des vœux glissés années après années dans une théière rouge gardienne des secrets. Ces beaux moments ne sont plus que des souvenirs, Simone est décédée d’un infarctus. Depuis cette mort, le jeune garçon a perdu bien plus qu’une voisine. Simone, c’était sa nounou, sa confidente, son alliée, son amie.(…)
Comme Simon, on espère qu’il trouvera les réponses à ses questions mais surtout qu’il arrivera tout doucement à faire son deuil.
Ce livre est un message d’amour, d’amitié aux personnes qui par de simples petites choses du quotidien, peuvent embellir la vie des autres.
Les jolies illustrations d’Anaïs Brunet ajoutent une touche très colorée au récit et enchantent le lecteur page après page. Si le début de l’histoire peut paraître triste, le reste ne l’est pas et offre de belles émotions.
Et si on se plaisait à imaginer quelle théière pourrait recevoir nos petits vœux ?
Mes pages versicolores


Vrai beau coup de cœur pour les plus jeunes, L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine. Ce titre déjà est génial. On a l’impression qu’on voit l’image. (…)
J’ai adoré ce livre-là.
Tout est extrêmement beau, extrêmement doux, une façon de voir la mort aussi qui est extrêmement belle. On voit aussi ce petit garçon qui grandit autour de la question du deuil, qui la prend de façon différente. Ce n’est pas du tout triste.
La langue est super belle. Et l’illustration d’Anaïs Brunet vient renchérir cela. C’est un petit bijou qu’on vous conseille vraiment.
L'autre radio, Onlikoinou, Véronique Martin, Simon Roguet


Le mot de Gaëlle, la libraire jeunesse : Les phrases de Agnès Debacker s’enchaînent à merveille, Simon est un garçon attachant et les illustrations mêlant des couleurs pastels, terracotta et bleu marine de Anaïs Brunet sont parfaites.
Et si le deuil est au cœur du roman, il n’est pourtant rien moins que lumineux. L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine est un baume pour les cœurs et les âmes.
Librairie Maupetit

Quand Simon apprend la mort de sa nounou, sa tristesse est grande mais une théière pleine de secrets (oui, oui, une théière à vœux pleines de notes !) le conduit à percer quelques mystères sur la vie de cette femme, avec qui il aimait tant rire et partager des goûters gourmands…
Un roman sensible, magnifiquement illustré par Anaïs Brunet (ah qu’on aime son travail aussi !) et qui nous parle si bien d’amitié.
"L'arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l'amour dans une cuisine", écrit par Agnès Debacker, illustré par Anaïs Brunet aux éditions MeMo
La Marelle


Un roman remarquable par la façon très subtile dont il aborde la réaction du jeune héros face à la mort, de sa vieille amie.
Bien sûr, il est triste, mais le roman ne l’est pas, car ce sont surtout des bons moments que Simon a partagés avec la vieille dame, dont il parle.
S’il perçoit l’inquiétude de ses parents devant son questionnement sur la mort, il fait tout pour les rassurer.
C’est l’action et sa quête qui le font devenir plus autonome.
Ce qui est aussi très bien montré également,  c’est que la parole avec une adulte - la nièce de Simone - la relation de complicité qui s’installe entre eux lui permet de grandir et de regarder autrement le monde des adultes qui ne tourne pas autour de lui.
On est sous le charme !
Opalivres


Entre deux générations
Entre passé et présent
Entre France et Algérie
Entre enfance et adolescence
Entre texte et illustrations
Entre drame et enquête…

À la conjonction de tout cela, j’ai découvert Simon, d’abord sur la couverture, l’oreille collée sur une théière rouge comme sur un coquillage… Mais ce n’est pas la mer qu’il écoute, mais l’écho d’une multitude de moments heureux passés avec sa voisine et nounou Simone. Simone, qui vient de mourir brutalement d’un arrêt du cœur, laissant Simon désemparé avec une spirale de souvenirs de son personnage, de son odeur, des surnoms ridicules qu’elle lui donnait, de son ironie, de ses frasques et superstitions. Mais voilà, la fameuse théière rouge renferme quelque chose à laquelle Simon ne s’est pas attendu une seconde : un secret ! Il n’en faut pas plus au garçon pour décider de faire la lumière sur cette affaire – et au drame pour devenir un jeu de détective captivant, qui nous amène à découvrir, avec Simon, l’émouvante histoire de Simone qui nous surprend en résonnant avec l’Histoire de la deuxième moitié du vingtième siècle…
L’île aux trésors


Agnès Debacker est une raconteuse d'histoires. Elle installe dans L'arrêt du coeur (ou comment Simon decouvrit l'amour dans une cuisine) une empreinte singulière. Elle traduit avec justesse et tendresse les attitudes de Simon. Le jeune garçon est confronté à la mort de Simone, une vieille dame, sa nounou. Les expressions et les petites et grandes questions face à l'indicible se bousculent dans la tête de Simon. C'est une histoire forte qui donne vie à des personnages attachants et énigmatiques, représentés avec force et douceur par Anaïs Brunet. Le dessin est aussi une forme d'écriture, même s'il est dénué de loi grammaticale. Comment répondre au flot de questions et aux angoisses suscitées par ce qui n'est, en principe, que l'aboutissement normal de toute une vie? Malgré les nombreuses images télévisuelles, la mort est un sujet que nos sociétés ont tendance à évacuer. Simon vit la mort de sa nounou comme un arrachement, par essence la vieille dame est irremplaçable. La mort de l'autre devient inévitablement un peu notre propre mort. La notion de mort se construit lentement chez l'enfant. Il ne cessera de refaire la chronologie des événements de la disparition de Simone. Ce texte de littérature jeunesse ouvre les voies d'un dialogue pas si simple car il touche au domaine du plus intime de chacun, enfant comme adulte. Intégrer la mort de l'autre, et plus encore , intégrer sa propre mort est une démarche conceptuelle ardue. Passer par le filtre de la littérature nous permet alors d'en parler, avec les mots des autres. Agnès Debacker suggère tous les échanges difficiles et esquivés entre adultes et enfants. Elle privilégie le point de vue de l'enfant et s'appuie implicitement sur les problématiques affectives liées à cet âge, dans son économie psychique attendrissante. A dix ans, on ne recourt plus au symbolisme animalier. Dans ce texte, le travail du deuil s'amorce lorsq'un processus permet à Simon de se dégager peu à peu de tous les liens qui l'unissaient à la personne disparue et à ses objets, en l'occurrence ici une théière à voeux. C'est une dynamique de sens qui agit dans la tête de l'enfant. L'interiorisation progressive de l'objet d'attachement permet à Simon de se libérer. L'insolite richesse lexicale et poétique permet de suivre le récit presque le sourire aux lèvres. C'est le talent de la littérature, la magie littéraire, qui permet à l'autrice d'adopter réellement le point de vue de l'enfant parce qu'elle s'ouvre sur les ressources imaginaires du narrateur et sur les remparts défensifs coutumiers à l'enfant. Ce texte propose habilement un processus de symbolisation sur la base d'interactions constantes entre le registre imaginaire et le registre symbolique. L'avancée personnelle de Simon sur le plan psychique, affectif et intellectuel, n'est viable qu'au prix d'un équilibre constant entre ces deux registres. Le pari est réussi et Simon parvient à gérer l'absence de l'intérieur. La théière à voeux est un espace transitionnel ou potentiel qui permet à Simon, confronté à des sentiments complexes, d'affronter ses craintes liées aux représentations encore immatures de la mort, faire face à la résurgence de croyances magiques. Un livre pour enfant c'est cette forme d'art pensée pour communiquer. Et depuis ma lecture, je transmets avec plaisir l'histoire de Simon aux enfants voyageurs que j'accompagne. L'arrêt du coeur d'Agnès Debacker illustrations Anaïs Brunet, collection MeMo Polynies. Un grand merci à Chloé Mary pour la richesse.
Le monde de Mirontaine

Simon a 10 ans et bien du mal à accepter la mort de Simone, sa voisine et nounou. Elle comptait beaucoup pour Simon, il a passé tellement d’heures avec elle. Leur rituel lui manque particulièrement, ils écrivaient des vœux sur des bandes de papier et en remplissaient une théière rouge… Simon va récupérer la théière. Et ne pas résister longtemps avant de lire tous les vœux qu’elle contient. Dans les mots de Simone revient très souvent un nom qu’il ne connaît pas, Farid. Mais qui peut bien être Farid? Simon va enquêter auprès des proches de Simone et découvrir un pan de l’histoire de la vieille dame que personne ne connaissait.
Cette recherche permet à Simon de tenir à distance la douleur de la disparition ; elle lui permet de s’ouvrir aux autres, de sortir… il a un but qui lui tient à cœur, connaître un peu de l’histoire de Simone.
Comment vous dire à quel point j'ai aimé *L’arrêt du cœur*… les phrases de Agnès Debacker s’enchaînent à merveille, Simon est un garçon attachant et les illustrations mêlant des couleurs pastels, terracotta et bleu marine de Anaïs Brunet sont parfaites. Et si le deuil est au cœur du roman, il n’est pourtant rien moins que lumineux. En cherchant et en enquêtant, Simon revit – et va se faire une nouvelle amie! ; on apprend qu’une vieille dame très modeste a connu un amour véritable que tous aimeraient connaître… L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine est un baume pour les cœurs et les âmes.
Chez Gaëlle la libraire



©Anaïs Brunet
L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine
Agnès Debacker
Illustrations d’Anaïs Brunet
Polynie